‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 58 sur 100 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

jour : c'est une partie du villa^je de Stadeii qui brûle. Une horde d'Allemands y pénètre en hurlant des « hourras » . C'est une clameur diabolique qui s'en va vers le ciel avec l'épaisse fumée de l'incendie, un hurlement, un braiement de joie bestiale!

Nous avons su, depuis, qu'ils avaient chargée sur des barricades vides ; une partie de nos hommes avaient évacué la ville une heure avant. Un brigadier du 1" escadron, en poste un peu plus loin à gauche, me dit les avoir vus à 200 mètres défiler au pas de parade contre le feu de l'incendie, « silhouettés comme des diables » , ajoute-t-il.

Toujours pas d'infanterie.

Une torpeur me prend, je retombe dans le fossé, foudroyé parle sommeil, et je me rendors presque jusqu'au jour.

A partir de ce moment, les événements

se précipitent avec une çrande rapidité. Il devait être 7 heures. L'infanterie arrive enfin, avec quinze heures de retard! Nous entendons des pas précipités. Je me retourne et je vois les pelotons, sur le point d*étre irrésistiblement débordés par Tennemi, qui se replient au galop. On dirait qu'ils sont poursuivis, les assaillants sur leurs talons. J'entends des voix qui s'exclament : « C'est malheureux de voir des gens qui ont la frousse à ce point-là ! >' Je ne réponds rien, mais au dedans de moi-même je comprends avec lucidité que le moment suprême est venu pour beaucoup d'entre nous.

Je crains un instant que nous ne soyons oubliés dans le mouvement général. Aussitôt après, le capitaine de T. . . apparaît au croisement des chemins. Je le revois encore, il paraissait immense dans son grand

Page 1