CHAPITRE VII
serrait de près et les hommes trébuchaient à chaque pas sur les débris de maisons qui jonchent le chemin. Un silence de mort planait ; la bise froide du petit matin faisait pleurer les yeux. Pas un obus, pas une balle. De temps en temps, le bruit d'une tuile tombant d'un toit, d'un pan de maison s'écroulant, et puis la lueur des fusées éclairantes qui font tressaillir chaque fois qu'elles montent dans le ciel, parce qu'on présume qu'elles seront suivies par un obus trop bien placé.
Le jour est levé, et je suis sorti de mon trou avec précaution pour voir le paysage» Jamais l'imagination humaine n'a pu ou ne pourra concevoir quelque chose de plus triste, de plus lamentable que ce que je vois. Je me trouve sur la route qui conduit de Nieuport à Saint-Georges, à peu près à une distance égale de ces deux cadavres
de villes. La route, surélevée, serpente au-dessus d'une immense plaine de boue parsemée de flaques d'eau crise et grêlée; à ma droite : Nieuport. D'ici, on ne voit pas une seule maison qui ne soit, je ne dirais pas intacte, mais même lé(jèrement bombardée. C'est un amas de bâtisses éventrées, de murs croulants, d'arbres tordus et brisés. A gauche : Saint-Georges, quelque chose de pis. Il ne reste que des tas de pierres, et en si petites quantités qu'on ne pourrait jamais supposer qu'un village a existé là.
A côté de ma tranchée, une tombe toute fraîche, c'est-à-dire un carré de boue, surmonté d'une croix blanche; un béret de fusilier marin gît à côté, je le tramasse, il estpleindecervelle; le pauvre bonhomme a dû être tué à cet endroit même, peutêtre fauché par l'obus qui a percé d'un