CHAPITRE VII
26 janvier 1915. Midi, — Un aéroplane français survole les dunes, bombardé de temps à autre et laissant tomber des traînées d'argent, qui luisent dans le ciel comme des écailles de poissons (fléchettes ou fusées repérantes).
Ce soir on enterre un dra(Ton du 16", ((ui a été tué il y a quelques jours, au cours d'une reconnaissance.
Le corps est déjà au cimetière, recouvert de terre, et nous emmenons le cercueil que deux soldats fossoyeurs portent, précédant de quelques pas le cortège silencieux que nous formons : le capitaine, M. C..., l'aumônier, deiix sous-officiers et moi, et qui s'engage sur le pont du canal, un peu avant minuit.
La sentinelle, pétrifiée de froid, nous demande le mot; et nous passons en évi-
tant les taches blanches de lune qui pourraient trahir notre présence.
La porte rouillée du cimetière grince lamentiiblement, et nous pénétrons dans le terrain sacré que les obus n'ont pas respecté, creusant des tombes monstrueuses et béantes, qui ouvrent sous nos pas des gouffres infiniment noirs, déterrant complètement ou partiellement des cadavres et des squelettes. La bise, qui siffle dur, tord des arbustes grêles et agite les herbes et les croix pourries, dans une danse macabre; c'est une vraie nuit du diable, et nous frissonnons tous, je l'avoue, préférant les assauts à la grande lumière, à cette besogne sinistre et furtive. Toutes les deux ou trois minutes, une fusée trace dans le ciel une belle courbe de diamant et nous nous baissons instinctivement.
Quatre houunes creusent la fosse en