CHAPITRE VU
silence, et l*on retire le pauvre corps couvert d*une mince couche de terre, enveloppé dans un sac, comme les [jrands quartiers de viande qu'on décharge des fourf][ons, à l'heure de la distribution. ,
Rien ne m'a jamais paru si triste.
En quelques minutes, tout est fini. Le capitaine dépose dans le cercueil trop g^rand une enveloppe dans laquelle se trouve le nom du soldat qui va dormir là, presque entre les lignes, et dont le sommeil sera bercé par le bruit des obus.
Le vent agite la soutane du prêtre qui récite les prières, et je n'entends qu'un murmure confus, des phrases hachées dont la bise emporte la moitié. Il faut faire vite, car les moments d'accalmie sont rares, et nous rentrons par les rues désertes et noires, dans un silence impressionnant.
Nieuporty 2d janvier 1915. — Il faut avoir vécu les ving^-quatre heures que je viens de vivre, pour avoir une idée exacte de ce qu'est cette guerre si particulièi^e, une journée et une nuit d'hiver bien fi'oides.
Nous partons occuper les tranchées de première lig^ne à 4 heures. Une nuit claire, g;lacée; des étoiles qui brillent comme des éclats de glace, et la lune, nette et froide, éclairant les immenses plaines désolées et ravagées, faisant luire la glace, silhouettant les ruines, traître et dangereuse, trahissant l'acier de nos baïonnettes, et la terre durcie portant au loin le son ! . . .
Jusqu'au poste de commandement des tranchées de deuxième ligne, la route est bonne et la distance rend le trajet facile, mais à partir de ce moment, la relève devient hasardeuse. Nous marchons en file