CHAPITRE VII
par uu, tenant la baïonnette de la main g^auche pour l'empêcher de frapper le fusil, levant nos pieds ou marchant sur la pointe, comme dans une chambre de malade. Puis la route, qu*on ne peut plus répai'er à cause du voisinage de l'ennemi, devient atroce. Rien n'y manque : fondrières, trous, fils de fer, poteaux renversés, etc. L'escadron occupe des tranchées sur la droite, les tranchées de flèche les plus rapprochées de l'ennemi.
Nous tenons dix-sept dans la grande tranchée. Dans une tranchée adjacente sont deux mai^ins avec un petit canon poum-poum. On appelle cela des tranchées, en réalité ce sont des madriers inclinés contre un remblai de pierres et de sacs remplis de sable. On se glisse sur le ventre là-dessous, et une fois installés on est condamné à Timmobilité (on ne peut
même pas s'asseoir sans baisser la tête) et, peu à peu, le froid vous gagne, cela commence par les pieds, et on se sent transformés en blocs de glace.
Le vent nous apporte une odeur significative, ajoutée à l'odeur de la litière pourrie sur laquelle nous sommes couchés ; on a des haut-le-cœur.
Le jour s'est levé. C'est maintenant l'immobilité absolue. Il est impossible de se risquer, même à plat ventre, au dehors de la tranchée, et cela jusqu'à la nuit. M. C... et moi, nous grelottons côte à côte. Armés de nos jumelles, nous inspectons T horizon : à gauche, une fumée suspecte; à la même distance, à droite, Texplication de la puanteur ressentie en arrivant : une vingtaine de cadavres allemands sont là, pris enti^ leurs réseaux de fils de fer et les nôtres et destinés à pourrir jusqu'à une date indé-