‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 79 sur 100 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

devant mes yeux, à cause de leur pittoresque intense et de l'intérêt particulier qu'elles présentent. Après cette guerre, reverra-t-on jamais de pareils tableaux?

C'est peu probable.

La nuit est venue; c'est l'heure propice aux relèves, aussi rè(jne-t-il partout une fiévreuse activité. Toutes les lumières de la ville sont masquées; la cathédrale et les halles sont d'une blancheur éclatante sous la lune, d'une clarté lumineuse comme de Tétincelante craie, qui fait plus noires et plus apparentes les blessures béantes que les obus ont faites à la pierre. Les nuages, qui courent vite dans le ciel, masquent par instant la clarté lunaire, et tout s'éteint; ou bien, comme dans un kaléidoscope, les ombres, qui semblent jouer et se poursuivre, changent les formes des ruines, font surgir de subites blan-

cheurs qui se dressent au-dessus des décombres comme de fuiiifs fantômes et qui s'écroulent une seconde après ; au bord de l'horizon, des fusées montent, trouant la nuit d'une étoile fixe, blanche ou verte ; un bouquet de diamants, tenu par une main invisible, se montre et s'évanouit et le silence est coupé par la cadence régulière des compagfnies en marche vers les secteurs avoisinants.

De tous les carrefours il en débouche : voici des Français, des Belges, des Anglais ; ces derniers sifflent en chœur : « IVs a long y long xvayto Tipperary, »' tout en mai"quant le pas. Aussitôt qu*ils nous voient, d*un commun accord ils entament la Marseillaise^ avec une courtoisie charmante, et d'étranges et rapides dialogues s'échangent entre les «poilus» et les » tommies « , intraduisibles, indescriptibles, dans un

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