CHAPITRE VIII
chaque pas plus difficile, pendant que les « abeilles ^ passent en sifflant au-dessus de nos tètes.
Au moment où je me résigne à n'en jamais voir la fin, il y a un arrêt brusque. La section qui se trouve devant moi s'engage dans la tranchée, et un rais de lumière déchire la nuit et court sur la glaise humide à mes pieds. Une forme se penche hors d'un trou, et une voix me dit : « Par ici, Monsieur; voici votre poste de commandement. »
A peine entré, le rideau qui en masque la porte retombe afin de voiler la lumière, et je me trouve dans une minuscule pièce carrée construite tout entière en rondins, c'est-à-dire en troncs de sapins, enterrée sous une montagne de terre, bien solide, bien calée, avec une cheminée de briques et un bon feu de coke qui flambe (à
100 mètres de l'ennemi). Il y a un lit ou plutôt une paillasse qui tient très exactement le milieu de cette u casba »> . L'autre moitié est prise par une étagère où sont rangés des objets hétéroclites : bottes en caoutchouc, boîtes en fer, grenades, fusées, etc. . . On ne peut tenir debout, mais couché on y est comme un roi .
Le réseau de boyaux qui relie les sections est si compliqué que je m'y perds chaque fois. Au petit matin, je vais faire une reconnaissance aux sections voisines. Par endroits le parapet devient si bas que, même en se baissant, on ne peut se dissimuler complètement. On accueille ma présence par une salve qui passe en sifflant au-dessus de ma tète.
24 févriei' 1915. — Il a neigé cette nuit. Toutes les tranchées sont blanches