CHAPITRE IX Î
leui-s se promènent dans les boyaux avec des gofjnomètres et accomplissent des rites mystérieux en me demandant poliment de chanjjer de place parce que je les gêne; les officiers de tous les bataillons reconnaissent le secteur, les hommes cousent des morceaux de toile blanche sur leurs sacs pour être reconnus de loin par nos artilleurs. On dirait qu'on monte une pièce à grand spectacle et qu'on fait les derniers préparatifs avant la « générale " .
A 9 heures moins 10, je suis rentré à mon poste de commandement. J 'ai contrôlé mon revolver soigneusement, j'ai enlevé ma tunique et j'ai mis mon argent et mes papiers dans la poche de mon pantalon.
Je mets la capote par-dessus ma chemise, le revolver dans la poche intérieure et je sors du boyau. Une dernière recommanda-
tion aux hommes : ne pas tirer, même s'ils entendent une fusillade; S... est là; nous enjambons le parapet à 9 heures juste et nous tombons sur l'espace connu, entre deux chevaux de frise.
Il fait noir comme dans un four ; à peine sortis, une fusée déchire le ciel. Nous nous couchons à plat ventre, fig^ure contre terre. Je sens l'herbe mouillée et le sol mou sur mes joues et sous la paume de mes mains. Je m'écoute respirer et je ne sens pas les battements de mon cœur ; je suis d'un calme de çlace.
Pendant deux ou trois minutes, nous tâtonnons à travers les fils de fer. Les chevaux de frise sont passés, mais voici d'anciens réseaux bruns et des fils barbelés, tous brisés par les obus; nos pieds et nos capotes s'y accrochent. Nous rampons à quatre pattes; chaque fois qu'une