‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 90 sur 100 · CHAPITRE IX Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX Î

fusée nous éclaire, nous nous jetons à plat ventre comme tout à l'heure.

Nous voici arrivés au moment critique.

S... me hèle à voix basse : « Mon lieutenant, je crois que nous faisons un sale boulot.» Il me parle la bouche sur l'oreille. « Il fait trop noir, nous ne verrons rien. » Je lui dis : " Bien, restez là, je vais aller plus loin. »

Je continue à ramper. Maintenant c'est émotionnant d'être tout seul dans cette nuit noire, avec toutes ces gueules de fusils braquées sur moi ; je suis à la merci d'une fusée. Je continue tant que je peux : pas un bruit. Je tâche de me confondre absolument avec le sol. Je vais ainsi pendant je ne sais ni combien de temps, ni combien de mètres, puis je lève la tète, et je vois les chevaux de frise allemands qui se profilent à côté de moi. J'entends parler

distinctement; malheureusement, je ne comprends pas un mot. Inutile de m'attarder, ma mission est finie. J'ai vu les défenses, il n'y a que des chevaux de frise reliés avec du barbelé. Au moment où je fais demi-tour, deux fusées partent et se croisent. Je me crois perdu et reste immobile, la tête dans les bras, fi(jure contre terre, mordant l'herbe; mais rien, pas un coup de fusil.

Je me mets alors à ramper avec une vitesse qui m'étonne; je m'aide avec les . pieds, les épaules, les coudes. J'arrive à Tendroit où j'avais laissé S..., et en un rien de temps nous sautons dans la tranchée. J'ai un vêtement de boue qui colle comme un maillot. Je vais i^endre compte à M..., que je trouve endormi. Sur la table du poste, une note du commandant u L*attaque n'aura pas lieu demain ; la jour-

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