CHAPITRE IX MS
9 inai 1915, 4 heures et demie du matin. — Ordre me vient de metti'e mes hommes en lig^ne. Une compag^nie du g[énie prend place avec nous pour creuser un boyau aussitôt que nous aurons débloqué. Loin sur la çauche — probablement du côté des Anglais — le canon crache sans interruption : c*est un g^rondement sourd, mais ininterrompu.
A 5 heures un quart, pas d'ordre d'attaque; il commence à se faire tard. Le canon tonne toujours à gauche, mais les nôtres restent silencieux. Je donnerais cher pour savoir!
7 heures, — Voici les ordres : l'attaque à 10 heures juste. Pas de signal, toutes les montres sont réglées. On sortira tous ensemble à la même heure de la tranchée. Nous bombardons violemment
ItU ÉTAPES ET COMBATS
pendant une heure, mais comme c*est trop peu, on doit bombarder de 9 à 10. Les grosses bombes à ailettes fout un tonnerre; on les voit monter dans l'air comme des volants, et retomber à terre légèrement; on croirait qu'elles vont rebondir, mais elles éclatent aussitôt, comme un volcan en miniature qui ferait éruption.
Pour la deuxième fois, je m'étonne d'être si calme. Je ne peux pas réaliser que dans quelques instants (qu'est-ce que deux heures?) il va y avoir une course éperdue, un corps à corps, des cadavres hideux et défigurés, et peutêtre la mort pour moi. Je n'ai qu'une idée fixe, c'est que tout marche bien. Je me souviens que j'ai la responsabilité de la vie de 50 honunes.