CHAPITRE IX St
13 mai 1915. — Blessé au début de l'attaque, seul sin^ivant de tous les officiers de la compagnie et d'une compagnie voisine, appartenant au ,.,^ régiment de ligne, j'ai cependant pu continuer à commander jusqu'à 8 heures du soir, et j'ai écrit ce qui suit à Rennes, à l'hôpital auxiliaire n° 101.
Je reprends les événements depuis le moment où j'ai interrompu mon journal dans la tranchée, c'est-à-dire une heure environ avant l'attaque.
A 9 heures, je précipite la solution d'ammoniaque. Tous les hommes y trempent leur tampon. Chacun a ses bombes; pendant que j'achève les deniiers préparatifs, les obus et les bombes semblent écraser les lignes ennemies. Le bruit assourdit, la fumée suffoque et aveugle. Je voudrais fermer les yeux pour repasser
chaque scène de ce qui a suivi, et n'en oublier aucune. Je pense avoir vécu le summum de la vie pendant quelques instants.
A 10 heures moins le quart, toute la section est en lignée, sac au dos ; la section du (jénie se colle contre le boyau du fond pour ne pas g;êner nos mouvements.
Placé au centre, je sors ma montre :
encore dix minutes. J'appelle à haute voix : « Cinq minutes» , « deux minutes » . Je regarde les hommes à la dérobée; je vois sur leur fi(jure une expression tellement tendue, quelque chose de tellement fixe, que cela ressemble à une transe.
Au moment où je crie : « Plus qu'une demi-minute, » j'aperçois la (];auche de la compag^nie qui part; ils ont quelques mètres d'avance sur moi. Il faut à tout prix conserver la liaison. Je crie : » En