CHAPITRE IX S
parapet. Je suis seul, j'ai encore toute ma tête, je resterai là, advienne que pourra.
Jusqu'à 2 heures, rien. On creuse fébrilement des abris pour tirer; des parados pour protéger la tranchée prise en partie en enfilade. Jusqu'à la route tout va bien, mais à partir de cet endi'oit, la liaison est rompue; le reste du 90* est en arrière, et, parallèlement à moi, à quelques mètres, les Allemands ont conservé leurs positions.
Ils sont là tout près, sans qu'on puisse les voir, cachés, terrés, prêts à bondir sur nous .
Impotent au fond de la tranchée, je transmets mes ordres qui sont exécutés par tous, avec une présence d'esprit remarquable.
Les heures s'écoulent, lentes, énervantes. Le soleil brûle la tranchée, des cadavres ont pris une teinte jaune foncé, et les blessures sont horribles.
Pour arrêter nos renforts, les Allemands bombardent en arrière des premières lignes. Dans les boyaux où sont massés le gfénie, le 125' et le 66^^ cela doit frapper dur. Dans la tranchée même , des bombes tombent en avant ou en arrière; j'ai trois hommes de tués. G... a la tète emportée.
Midi. — Une sorte de détente. On s'arrête un peu de travailler, les hommes fouillent les cagnas ; P... m'apporte des cigares; Henri Clay, des cigarettes égyptiennes. M... me fait un pansement sommaire en passant sa main dans le trou de ma capote. L'ouverture est large comme le poing, je souffre horriblement.
Le sergent-major et moi, nous explorons pourtant le secteur conquis; les boyaux sont défoncés par les obus. A de certains endroits, on se trouve en terrain