‹ Étapes et combats; SouvenirsChapitre 96 sur 100 · CHAPITRE IX S8S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX S8S

découvert pendant vinfjt-cinq mètres; à d'autres, les cadavres obstruent le boyau. Sur notre passage, quelques Allemands, coucliés sur le dos, en plein soleil, ouvrent les yeux et disent : Ich durste. Pas le temps de s'arrêter, le bombardement peut reprendre d'un moment à l'autre et il est urgent de trouver un moyen de communiquer avec le colonel.

Quand je reviens parmi mes hommes, je ne trouve rien de changé. Le brave M... veille sans arrêt. La tranchée qui barre la route est consolidée, on y a placé une mitrailleuse. Je prends le commandement d'une compagnie à ma gauche qui n'a plus d'officier.

Une heure et demie. — Une sorte d'agitation, de frémissement, court d'homme en homme ; on dirait que toute la compagnie

a re^u une secousse électrique, et pourtant pas un cri encore, pas un coup de fusil ; tout le monde a compris néanmoips que la contre-attaque allait se déclancher.

Je suis littéralement émerveillé de la bonne humeur et de la çaieté qui rèfpient. Je veux dire quelques mots aux hommes sur leur conduite, mais je n'ai fjuère besoin de soutenir leur moral. Ils me ferment la bouche en criant : « Vive le lieutenant ! *» J'ai trop d'émotion pour leur répondre.

Tout à coup la fusillade éclate. Elle part sans hésitation, nette et brutale. On sent que ce n'est pas une fusillade due à Ténervement des hommes tirant dans le vide, mais que chacun vise un objectif. Je regarde à la jumelle dans la direction ; c'est sur ma gauche, à trois cents mètres environ. Les Allemands, qui sont maîtres d'un boyau perpendiculaire à la tranchée, en

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