‹ Étapes sahariennesChapitre 2 sur 11 · DE BISKRA A TOUGOURT · texte numérisé non relu

DE BISKRA A TOUGOURT

Partis de Constantine le 3{* janvier 1874, par la voiture du soir, nous arrivions au camp d'£l S^sour le l*' février au matin.

Le lendemain, à 6 heures 1/2, commença cette série d'étapes que nous ne devions terminer que quarante-trois jours plus tard, à Aïn Beïda.

Il serait superflu de décrire la route qui sépare £1 Esour de Biskra : elle est assez connue actuellement par le récit dés voyageurs.

Le 4 février, ayant campé successivement à El Kantara et à El Outaya, nous apercevons du col de Sfa le spectacle immense et infini du désert sans bornes ; Toasis de Biskra nous apparaît dans un lointain légèrement brumeux, et, bientôt après, nous installons nos tentes sous les murs de la ville, après l'avoir parcourue en triomphe, au bruit du canon tonnant à toute volée, des clairons et des tambours. La garnison entière était sous

les armes. Le général Liébert, ordinairement impassible comme une statue de granit , paraissait ému : vingt ans auparavant, il avait quitté Biskra avec le grade de lieutenant-colonel ; il y était déjà venu en 18i5 comme officier subalterne, et aujourd'hui, général de division, il revoyait ces vieux palmiers, dont Taspect impressionne toujours ceux qui, suivant Texpression de Théophile Gauthier, les appellent les rois des arbres.

Biskra, dont chacun peut lire la description dans les guides algériens, a subi de nombreux embellissements depuis quelques années; mais rien ne nous frappa autant que la splendide habitation de M. Landon, au Sud-Est de Toasis.

Quand je dis « habitation », ce terme est impropre ; je devrais employer le mot « pied-à-terre » , car M. Landon n'y fait que de rares apparitions.

Ce millionnaire a créé ici quelque chose de féerique et qui rappelle tout à fait les mille et une nuits. Il est rare de voir un jardin plus beau que le sien : toute la flore des tropiques et des pays équatoriaux s'y trouve à profusion : lataniers, bananiers, bambous, cocotiers, ficus de l'Inde y croissent et s'y enchevêtrent à l'instar d'une forêt vierge. Séjour réellement enchanteur, avec des hamacs suspendus dans les recoins ombreux, des

palanquins bengalais, des pavillons et desliosques partout.

M. Landon nous fait les honneurs de son palais avec une courtoisie et une amabilité charmantes. C'était, à cette époque, un jeune homme de 30 ans à peine, de petite taille, parlant bien et en homme instruit. Ses laquais, tous en livrée nous offrent au salon des cigares de Java et du moka authentique. Entre parenthèses, il faut dire que le salon est une merveille de luxe : tentures des Gobelins, mobilier de soie rouge, le tout d'une richesse et d'un bon goût inouïs dans ces parages.

On dit que M. Landon possède 400,000 livres de rente et des châteaux princiers un peu partout. Il vient quelquefois passer Thiver à Biskra, dans cette résidence somptueuse qu'il s'y est créée, à quel prix, nous l'ignorons, mais, à coup sûr, les ouvriers européens et indigènes ne doivent pas se plaindre du généreux emploi qu'il fait de sa fortune : tous ceux qui veulent travailler sont bien accueillis par ce bienfaisant nabab.

Nous restons deux jours à Biskra, et, le vendredi 6 février, de bonne heure, nous quittons l'oasis en suivant pendant une heure la route, bordée de palmiers, qui mène à Sidi Okba.

Le soleil se lève dans un ciel dégagé de nuages :

le coup d'œîl est magnifique ; la plaine se déroule^ couverte de moissons : orges et blés verts en épis ; la récolte se fera au mois de mars.

A 10 kilomètres plus loin, chfingement de tableau : rien que la végétation rabougrie du désert; le guetsit C^triplex halymus)ytxi fait le principal ornement; parfois, une touflfe de tamarins qui s'efforcent de s'élever à quelques pieds au-dessus du niveau du sol .

Nous traversons même une forêt de ces arbrisseaux : ils ont, en moyenne, 0,83 c. de hauteur et forment, sur les cartes de Tétat-major, une tache verte, constellée par les onze capitales suivantes :

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