LES SULTANS DE TOUGOURT
Voici la généalogie des Sultans de Tougourt et la liste des membres de la famille Ben Djellab jusqu'à la prise de la ville en 1854. Nous devons
ce document à un taleb tougourtin qui a bien voulu nous le communiquer au moment de notre passage.
LÈmir Abd el Kader ben Ibrahim ben Abd el Kader ben Ibrahim ben Djellab ben Ahmed ben Djellab ben Sdïd El Merini (de la race des Mérinides), lequel était originaire de la ville de Fez et vint fonder le royaume de TOued Rir' ; il s'installa, avec tous les siens, dans Tougourt, dont il fit sa capitale (1).
Après lui régna son fils Selmariy qjài mit un terme au désordre et aux brigandages du Sahara ;
(1) On peut comparer cette liste avec celle donnée par M. Fôraud : Les Ben Djellab, sultans de Tougourt (Revue africaine, mai-juin 1879 et septembre-octobre de la môme année). Il y a quelques différences, qu'il faut attribuer à la source où chacun de nous a puisé. En fait d'histoire, les Arabes n'offrent aucune garantie et, pour ce fnotif, nous ne donnons cette liste qu'en prévenant le lecteur de ne Faccepter qu'à titre de simple renseignement; règle qu'on doit observer en présence des chronologies fournies par les indigènes. Se méfier surtout des légendes qui sont des histoireSf mais non de l'histoire.
Le cheikh Khaled, frère du précédent, qui fut renversé et prit la fuite ;
Le cheikh Mohammed ben Selman ;
Le cheikh Mohammed El Akahal ;
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Le frère du précédent (nom inconnu) ;
Le cheikh Ibrahim qui mourut en Arabie^ ac* complissant le pèlerinage aux villes saintes ;
Le cheikh Abd El Kader et le cheikh Ahmed, tous deux fils du précédent^ qui leur avait laissé la régence pendant son voyage en Orient ; ils fUrent renversés par :
Le cheikh Khaled (n^ 3) quî^ peu de temps après son retour^ dirigea uns expédition sur Ouargla et périt dans un combat livré non loin de cette ville;
Le cheikh Abd El Kader ben Ibrahim (n® 8) détrôna le cheikh Khaled en Tannée 1137 de l'hégire (1724 de J.-C.) et mourut 7 ans après, laissant cinq fils :
Cheikh Omar, Cheikh Djellab, Cheikh Am/ran, Cheikh Ahmed, Cheikh Ali;
Le successeur d' Abd El Kader ben Ibrahim fut son frère, cheikh Ahmed (n** 8) 1144-1741, lequel régna 9 ans, fut renversé et mourut à Oumach, dans les Ziban.
Il laissait quatre garçons, dont deux furent tués par cheikh Omar ben Abd £1 Kader ; les deux autres se nommaient oheikh Mohammed JËl Akhe*
dar (sa mère s'enfiiit avec lui jusqu'à R'adamès) et cheikh Mohammed Mahassas que ses oncles maternels, les Oulad Moulât, prirent sous leur protection et préservèrent de la mort;
Cheikh Oniar ben Abd El JTûkfor (1 153-1740) qui régna 17 ans €t fiit détrôné par :
Cheikh Mohammed (1170-1756); celui-ci, 4 ans plus tard, subit le même sort et prit la fuite, renversé par :
Cheikh Amr(m ben Abd El Kader ben Ibrahim ; celui-ci, 9 mois après son avènement, fut renversé et alla mourir à El Oued (Souf ), laissant un fils, Tahar^ qui ne régna point, et son frère, Cheikh Djellab, qui finit son existence dans le Souf;
: Cheikh Mohammed (n** 13) remonta au pouvoir en 1175 (1761) et le garda jusqu'à sa mort;
Son fils Cheikh Ahmed lui succéda au commeucernent de 1179 (1765) et régna 7 mois;
Cheikh Omar le renversa, garda l'autorité 5 mois et, chassé à son tour, alla terminer ses jours à Sidi Ehaled, laissant trois fils :
Cheikh Abd El Kader, Cheikh Ferhat, . Cheikh Ahmsd ;
Cheikh Ahmed ben Cheikh Mohammed [xf 16), rentra à Tougourtdans les premiers jours de 1180 (1766), y resta 15 ans, fut renversé et mourut en s'acquittant du pèlerinage; il laissait quatre fils :
Cheikh Mohammed^ Cheikh Ibrahim, Cheikh Ali, Cheikh Abderrahman ;
Cheikh AbdEl Kader ben Omar s'empara du pouvoir en 1195 (1780) et mourut 2 ans après ;
Cheikh Ferhat, son frère, lui succéda en 1197 (1782), régna 10 ans, fiit détrjSné et mourut à El Oued, laissant un fils appelé El Khazen ;
Cheikh Ibrahim ben Cheikh Ahmed commença son règne en 1207 (1792-93) et fut renversé un an plus tard; il prit la fuite, revînt peu de temps après et garda le pouvoir définitivement pendant 12 années, sans interruption;
Son frère. Cheikh Mohammed, reçut sa succession et régna 17 ans et 5 mois; il mourut paisiblement, laissant quatre fils :
Cheikh Am^or, Cheikh Ahm^d, Cheikh Ibrahim, Cheikh Ali;
Le premier, Cheikh Amor, régna en 1238 fl822) et mourut laissant un fils Cheikh Abderrahman ;
Il eut pour successeur son frère, Cheikh Ibrahim (1247-1831) qui, 2 ans après, se rendit à La Mecque et confia la régence à son frère Cheikh Ali. A son retour des villes saintes, il reprit les rênes du gouvernement;
Cheikh Ali le remplaça et mourut 2 ans plus tard;
Cheikh Abderrahman ben Cheikh Ahm^ed ben Cheikh Mohammed (voir n** 18) fut ensuite reconnu Sultan de Tougourt par le suffrage des habitants de la ville, Oûlama, Kebar et populace réunis. Il régna 11 ans et mourut le 17 Eebiâ 1" 1268, 10 janvier 1851, laissant le trône à son fils ;
Cheikh Abd El Kader, qui ne garda le pouvoir que deux mois 6t fut renversé par :
Cheikh Selman ben Cheikh AU (23 Djoumada 1 J268, 15 mars 1851).
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Au mois de décembre 1854, le colonel Des vaux mettait fin à la royauté des Ben Djellab. Elle avait vécu près de trois cents ans.
Dans les jardins de Tougourt, situés à TEst et au Sud-Est de la ville, les indigènes cultivent une quantité considérable de légumes : carottes, oignons, navets, etc. ; malheureusement les abords en sont malsains, principalement en été ; des seguïas remplies d'eau corrompue (monfassed) (\)
(1) c L'on sait qu'à quelques mètres au-dessous du nif veau du sol de TOued Rir', existe une nappe d'eau salée f et sulfureuse que les Rouar'a appellent Ma-Fassed (eau » qui gâte ou eau corrompue) . Dans le forage de tous leurs
et stagnante les environnent de toutes parts : les piétons circulent avec peine sur Tétroite chaussée qui longe ces canaux multipliés, exutoire du tropplein des fameux puits artésiens de construction indigène, où les R'ettassa (puisatiers-plongeurs) déploient les talents, souvent périlleux, de leur science professionnelle.
Lire, à ce sujet, l'ouvrage si intéressant du colonel Pein.
Sous l'action du soleil, ces canaux deyiennentj pendant la saison des chaleurs, le foyer de cettd redoutable fièvre, le tehem, qui décime la population.
De même que Laghouat, Djelfa, Bou Sâada et Biskra, Tougourt est le rendez- vous d'un certaiii nombre de femmes des Oulad Naïl, qui viennent y acquérir le honteux pécule, au moyen duquel elles trouveront un jour des maris, peu scrupuleux au point de vue de la conduite antérieure de leurs épouses, et sans préjugés sur l'origine de leur apport conjugal.
» puits, il leur faut étancher l'eau de cette nappe, avant de » poursuivre le travail ; quelquefois, par suite de cette af- » fluence ou de la nature des terrains, ils ne peuvent s'en » rendre maîtres ; ils sont alors obligés d'abandonner le f forage. » — (Colonel Séroka, id.)
Le soir de notre arrivée^ les officiers de la gar* nison nous invitent à une nebita (soirée dansante)^ où les aimées du désert exécutent en cadence ces torsions chorégraphiques^ d'abord lentes^ puis saccadées^ puis lascives^ qui font pâmer les Indigènes^ mais au spectacle desquelles la plupart des Européens conservent le sang-froid de l'indifférence.
Les bajadëres de Tougourt ressemblent à celles que nous avons vues autrefois dans le Sud de la province d'Alger : même parure^ même costume, même surcharge d'ornements; elles exhalent les mêmes parfiims pénétrants^ dont l'émanation prend à la gorge, et elles sont peintes et tatouées comme une Indienne de Chateaubriand.
Ces femmes-là font-elles réellement partie du beau sexe?
Laissons les amateurs résoudre la question.
En résumé, rien de plus triste, pour des officiers français, que la résidence forcée dans ce malheureux Tougourt.
Loin de toute communication sociale, séparés, pour ainsi dire, par 60 lieues de désert, des confins ' du monde civilisé, si toutefois on consent à appeler Biskra de ce nom, ils étaient relégués à l'extrême limite de nos possessions Sud de T Algérie,
et nous nous prenions parfois de commisération pour nos infortunés camarades.
Aussi, croyant bien faire, nous eûmes par hasard la naïveté de leur promettre que bientôt leur exil allait finir; que le Gouverneur général, comprenant mieux que d'autres les nécessités politiques du pays, avait décidé la suppression de l'occupation militaire, très coûteuse et très pénible pour des Européens ; que, prochainement, cette mesure recevrait son exécution, et qu'ils pourraient alors revenir dans le Tell, où la vie humaine est moins exposée à la nostalgie, à la fièvre, à Tinsolation .
a Comment ! s'écrièrent nos camarades de Tou- » gourt, la France veut retirer sa garnison ! mais » c'est de la folie, c'est une reculade qui produira » une très fâcheuse impression dans le pays.
» Au point de vue politique, le Gouverneur fera » une faute (1). On parle de la cherté de l'occu- » pation ; nous ne croyons pas que ce motif soit » sérieux : nous et nos hommes nous ne coûtons » guère plus à Tougourt qu'à Biskra ; partout où » nous irons, il faudra bien twv^ aligner en vivres » et en solde. Du reste, le surcroît des dépenses,
(1) Peu de temps après notre passage, l'annexe de Tougourt fut supprimée et devint l'apanage d'un chef indigène.
» occasîaaiifies par notre gàrmsony est largement )» compense par la séGorité dont jooissent les no- » mades àa Sahara^ grâce à notre prés^ice an » milien d'enx^ et par Texaditade^ la reniante » et Tintante qni président à la rentrée actoeOe » de rimpôt. Cette situation se continnera-^^lle » avec nn chef indigène installé à notre pkœ? » Nous en doutons jusqu'à nouvel ordre. Si le » Gouverneur prend cette détermination tout sim- » plement pour nous témoigner la sollicitude » dont il est animé à notre égard^ eh bien ! il a » été mal renseigné^ car nous trouvons le séjour » de Tougourt très supportable^ et nous le préfé- 9 rons de beaucoup à une foule d'autres localités » plus près de la mer/ il est vrai^ mais où nous 9 n'aurons ni l'indépendance d'allures^ ni le plai* » sir des grandes chasses^ ni les occupations nou- » velles et attrayantes que nous avons ici ! »
Telle fut la réponse stupéfiante de ceux qui nous paraissaient livrés au plus sombre marasme. Us avaient raison^ et^ sans effleurer le coté politique de la question^ nous devons reconnaître que la vie large du désert, vie qui n'a d'autres bornes que celles de l'horizon, présente à certaines natures le plus grand attrait pour la terre africaine.
DE TOUGODRT A OUAEGLA
Le vendredi 13 février, un peu retardés par le chargement des chameaux du convoi, nous quittons Tougourt à 7 heures du matin. Le temps est froid, nuageux, la bise souffle avec force.
Nous passons auprès de la nécropole, connue sous le nom de tombeaux des Ben Djellab.
M. Féraud en a fait (dans le Bulletin de la 5ociété historique algérienne de juillet-août 1879) une description très exacte.
Ces tombeaux, situés à environ 800 mètres de la ville, sont abrités par des coupoles, style byzantin ; nous comptons une cinquantaine de tombes sans inscriptions.
Notre marche se fait dans la direction Sud-Sud- Ouest.
Nous laissons, un peu loin sur la gauche^ Toasis de Temaçïn et la célèbre zaouïa de Tamelaht, qui, après celle d'Aïn Madhi, est le plus en vénération
parmi les khouan de la confrérie des Tidjcmiin ou Tidéadijna.
Tamelaht est le féminin berbère du mot arabe qui signifierez,- quelques-uns écrivent Tamelalty — en kabyle, la blanche, — dénomination méritée et justifiée par la blancheur de ses murailles, lavées au lait de chaux, et dont l'aspect tranche vivement sur le fond vert des palmiers qui lui servent de ceinture. Nous traversons une sebkha assez large, où nos chevaux baignent jusqu'au-dessus des jarrets. Sur la rive opposée, nous attendent Si Mohammed El Aïd ben El Hadj Ali Et Tidjani et son frère. Si Mâmmar, tous deux montés sur des mules de haute taille . Us mettent pied à terre et viennent saluer le Général, lui témoignant leurs regrets de ce que des raisons politiques ne lui aient pas permis d'accepter, au moins un jour, l'hospitalité de la zaouïa.
Le Général croyait, en effet (peut-être n'avait-il pas complètement tort), que les gens de la zaouïa avaient eu des relations suspectes avec les ennemis du malheureux kaïd El Arbi, et, pour ce motif, il avait refusé de visiter Temaçïn.
Après les salutations d'usage. Si Mohammed El Aïd se fait hisser par deux serviteurs sur sa mule et reprend le chemin de Tamelaht.
Si Mâmmar nous accompagne jusqu'à la grand halte.
Si Mohammed £1 Aïd (aujourd'hui décédé) était alors un homme d'à peu près 60 ans, très gros, au teint noirâtre, à la barbe courte et presque toute grise. Sa figure n'exprimait absolument rien ; en l'examinant, on reconnaissait au premier coup d'œil l'homme qui n'a jamais eu le temps de manifester un désir sans le voir accompli sur-lechamp, et qui, pour le reste, s'en remet tranquillement à la destinée, au fatum^ à la volonté de Dieu, et, surtout, à celle de son frère, Si Mâmmar.
Celui-ci vit encore.
Un peu plus jeune que Si Mohammed El Aïd, il est plus grand, a le teint d'un mulâtre, les yeux à fleur de tête, mais très intelligents, le nez légèrement épaté, les lèvres lippues et sensuelles. En le regardant une fois, on juge de suite qu'on a afiaire à un homme énergique. Si Mâmmar est en eflet l'homme de tête et d'action de la famille; son frère aine suit absolument tous ses conseils, au moins pour tout ce qui concerne les relations à entretenir avec les agents du gouvernement français.
L'autorité spirituelle de Si Mohammed £1 Aïd, comme mokeddem de l'ordre de Tidjani, est con-
sidérable dans le Sud et aon influoiee s'étend jusqu'au Djebel Hoggar (1).
Quant aux soins du temporel^ ils regardent exclusivement Si Mânimar^ lequel^ d'ailleurs^ s'en acquitte avec le tact et la science d'un véritable homme d'État.
Bien des voyageurs^ peu au courant des mœurs musulmanes^ se sont étonnés de l'abdication consentie par Si Mohammed El Aïà en faveur de Si Mâmmar^ et ont cru voir dans ces deux personnages un roi fainéant et un maire du palais. La comparaison porte absolument à &ux et Si Mo-
(1) c Un nommé Mohammed ben Moussa, cousin de Si » Othmàn (des Touareg Âzguer), me raconta que Si Mo'- > kammed El Aid ayant eu à se plaindre dfun commandant » supérieur de Biskra, le changea en femui» (0* ~ J'eus f beau lui rappeler que ce marabout avait toi^ours eu de » très bons rapports avec les Français^ qui n'avaient pas » l'habitude de faire du tort à leurs amis> il n^en voulut f jamais démordre. Je lui citai même des passages du » Coran qui condamnent comme le plus grand péché Tac*' » tion d'assimiler le pouvoir de l'homme à celui de Dieu, » et, comme il ne pouvait répondre à ces arguments, » il se leva d'un air de doute, persuadé probablement en » lui-même que j'étais un incrédule et même un fou de ne f pas croire en la puissance surnaturelle de ce marabout » révéré. » — Bouderba, Vcyage à Kat, journée du 4 septembre 1858.
hammed El Aïd^ en s'eflPaçant devant les Chrétiens, n'a eu d'autre but que de conserver intégralement tout son prestige religieux vis-à-vis des affiliés de son ordre, en ne se compromettant jamais avec nous par des rapports administratifs. Il a atteint son but : jamais aucun des siens n'a suspecté sa conduite et personne, même chez les sectes rivales, n'a pu dire de lui qu'il avait fréquenté les infidèles qui souillent de leur présence le sol sacré de Vislam.
Si Mâmmar, seul, a accepté la responsabilité que Si Mohammed El Aïd a voulu éviter. C'est lui qui traite avec nous les questions de service ; c'est lui qui les règle à la satisfaction commune et c'est lui seul que les envieux, les jaloux, les puritains et les fanatiques accusent de se compromettre avec les mécrécmts.
Aussi, nous pouvons le prédire à coup sûr:
nous ignorons quels sont les desseins de Si Mâmmar, quelle ambition il nourrit, mais une chose nous parait inévitable pour lui : jamais il n'aura la succession de Si Mohammed El Aïd comme mokeddem, ou représentant religieux de la confiserie Tidjanienne. Il restera ce qu'il a été : il dînera chez les généraux français, sera très bien accueilli par nos commandants supérieurs^ percevra la
2Ïara (quête) des habbab de l'ordre^ mais il lui est défendu d'aspirer au rôle de pontife. Et, comme Si Mâmmar n'a pas encore su se dégager du goût très prononcé qu'il éprouve pour les biens périssables que l'on rencontre dans cette vallée de larmesy il se contentera de demeurer au second plan.
En résumé, le terme de comparaison le plus juste dont on pourrait «se servir pour rendre exactement la situation des deux frères, doit être emprunté à l'histoire japonaise, avant la dernière révolution qui a changé naguère la forme gouvernementale de ce pays : Mikado et Taïkaim. Si Mohammed £1 Aïd et Si Mâmmar sont, au petit pied, l'un, un Mikado^ et l'autre, un Taïkoun.
D'ailleurs, Si Mâmmar est un charmant convive, aimable, enjoué, causeur spirituel et, ce qui ne gâte rien, une des* fourchettes les plus remarquables qu'on puisse voir. Le mot fourchette n'est pas une métaphore, car il se sert très adroitement de tous nos instruments de table et, lorsque le hasard le place auprès d'un invité ne parlant que le français. Si Mâmmar donne de temps à autre la réplique à l'aide des Prois seules expressions qu'il ait retenues de notre langue : « Oui^ très bien t » et
ce, sans le moindre accent exotique et surtout sans qu'il j ait un coup de dent perdu.
Vers 10 heures 1/2, nous prenons le repas du matin devant la petite oasis de Blidet Amar, dont les maisons, entourées de palmiers vers TEst et le Sud, sont dominées par les dunes au Nord et au Nord-Ouest.
Nous remontons à cheval à midi et Si Mâmmar prend congé du général en lui disant : « Toutes » les fois que vous camperez dans le Khela (le » vide), c'est-à-dire, loin de toute oasis, tenez- » vous sérieusement sur vos gardes : Bou Choucha, » d'après les dernières nouvelles du désert, a » quitté sa zmala située près du Touat et se dirige » vers le Nord, en quête d'une r'azzïa; il a avec » lui 150 hommes et s'avance à grandes journées, » évitant soigneusement les lieux habités afin de » cacher sa marche. Peut-être se trouve-t-il non » loin de nous. Il n'y a rien à redouter de lui aux » abords d'une oasis, mais dans le Khela, je le » répète, il faut prendre ses précautions afin » d'éviter toute surprise nocturne. Au revoir, » seigneur général, que Dieu vous conduise avec » le. bien et vous accorde sa protection ! »
Si Mâmmar était bien renseigné et son avis arrivait à point, comme oa le verra bientôt.
Le Bou Choucha^ dont il venait de nous parler^ est ce bandit qui^ profitant des événements de 1870-1871, s'était emparé d'Ouargla, avait massacré les tirailleurs formant la garnison de Tougourt, égorgé tous les parents et amis d'Ali Bey, après les avoir reçus à merci, et avait fini par se faire appeler : Sultan et Prince des Croyants.
Or, Bou Choucha, qui se donnait le Prophète pour aïeul et s'était baptisé Chérif sans la moindre hésitation, avait commencé par garder les moutons dans les vallées du Djebel Amour, son pays natal.
Parvenu à l'adolescence, il se sentit à l'étroit dans son burnous de berger et résolut de courir les aventures . Ses débuts ne lui réussirent pas : arrêté pour une peccadille, un vol sur une grande route, une commission disciplinaire de subdivision le condamna à un an de prison dans un pénitencier indigène de la province d'Oran.
Il S'appelait alors Mohammed ben Brahim; il s'évada du pénitencier et jura de ne plus se faire reprendre.
Il tint son serment jusqu'au jour où, blessé par le kaïd £1 Bâdj, de Taghalik d'Ouargla, il consentit à se rendre à Sâïd ben Driss, quelques mois après notre tournée dans le Sud.
Mais n'anticipons pas sur les événements.
Mohammed ben Brahim^ après sa rupture de ban^ suivit les cavaliers de Si Lâla ben Hamza, et prit part avec eux aux nombreuses r'azzïas que ce chef habile et audacieux effectua sur nos tribus du Sahara, de 1865 à 187U.
Fuis^ voulant travailler à son compte, il réunit une bande de pillards auxquels il sut imposer sa volonté^ son énergicy et abandonna la province d'Oran, théâtre de ses exploits.
Il fit d'abord quelques prises heureuses sur des caravanes et^ sa réputation s*étendant au loin^ il vit bientôt sa troupe grossir et s'augmenter du nombre (trop grande hélas ! chez les nomades) de ceux que l'odeur du pillage et du butin attire, de même que le sang des morts appelle les corbeaux le lendemain d'une bataille. Alors, il se proclame Chérif et décrète la guerre sainte, le jour de son entrée à Ouargla ; de là, il marche sur Tougourt, ralliant en route les fanatiques, les mécontents et les bandits.
Fuis, trouvant que son nom de Mohammed ben Brahim décèle la roture de son origine, il s'intitule : Mohammed ben Abdallah, sous le prétexte que ce vocable est un vrai nom de Chérif et que plusieurs de ses collègues ou prédécesseurs dans la voie di-
vtne se sont appelés ou s'appellent encore ainsi, entre autres le fameux Mohammed ben Abdallah, illustré par Tassaut de Laghouat en 1852.
Mais un nom ne suffit pas; un Chérif « qui se respecte » doit toujours porter un surnom caractéristique, tire soit de ses habitudes, soit de son physique, soit des animaux qui lui sont le plus familiers.
CTest ainsi que nous connaissons Bon Mâza, rhomme à la chèvre,
Bou Bar'la, Thomme à la mule,
Bon Mezrag, l'homme à la lance,
Bou Akkaz, Thomme au bâton, et tant d'autres.
Notre héros reçut de ses compagnons le surnom de Bou Clioucha qui signifie, d'après quelques-uns, l'homme à la chamelle rapide, et, d'après d'autres, l'homme à la chevelure abondante.
Le cadre de ce récit ne nous permet pas de raconter l'épisode de la prise de Tougourt par Bou Choucha . Nous nous bornons, pour le moment, à dire qu'il s'y montra féroce et fit égorger de sangfroid nos malheureux tirailleurs et leur lieutenant indigène Mousli. Celui-ci avait eu la faiblesse de consentir par capitulation à abandonner la Easba, en stipulant que lui et ses hommes se retireraient librement avec armes et bagages, et auraient la faculté de rejoindre Biskra sans être inquiétés.
Violant la parole donnée, Bon Choucha fit poursuivre cette petite troupe, composée d*une trentaine d'hommes, et la fit cerner par ses cavaliers, dans un endroit défavorable à l'infanterie, à environ 7 kilomètres de Tougourt, ^u milieu des dunes. Quand les cartouches furent épuisées, les tirailleurs se regardèrent tomber les uns après les autres et moururent, comme ces braves gens savent le faire, lorsque la destinée suprême est inévitable, sans faiblesse et sans forfanterie, avec la résigna*' tion des fatalistes.
Ceci se passait au mois de mai 1871.
En 1875, au camp des Oliviers, à Constantine, nous avons vu un matin, au point du jour, Bou Choucha légèrement pâle, mais ferme et résolu, se placer à dix pas en face de douze chassepots, et expier les assassinats qu'il avait commis si longtemps avec impunité.
Lui aussi, en présence de la mort, resta calme et résigné : il est vrai que, durant le cours de sa carrière mouvementée, elle lui était apparue si souvent, qu'il avait pris l'habitude de la regarder sans frémir.
Petit, maigre, sec et nerveux, Bou Choucha n'avait rien de la prestance qui impose tant aux indigènes ; mais, sous un aspect maladif et dé-
charné, il cacliait une âme de bronze et une énergie de fer. Brave, intelligent, cet homme, s'il eût pris parti pour notre cause, nous eût rendu de signalés services dans le Sahara.
Son corps était couvert de cicatrices : il avait reçu des blessures un peu partout.
En plein conseil de guerre, alors que, fatigué par des débats qui durèrent quinze jours, il demandait, avec prière, la grâce d'être fusillé surle-champ afin d'en finir immédiatement, il découvrait sa gorge et montrait aux juges étonnés les traces horribles d'une blessure extraordinaire, et telle, f que personne au monde n'en a jamais subi de semblable sans en mourir. Eh bien ! lui, il avait survécu.
«t Voyez I disait-il, je n'ai pas peur de la mort. » Ce que vous apercevez là, c'est la trace de coups » de couteau qui m'ont scié le cou aux trois quarts. » Un jour, poursuivi par la colonne de Lacroix, » au sud d'Ouargla, j'ai été trahi et abandonné » par les miens : l'un d'eux, pour s'emparer de » ma cassette, m'a surpris pendant le sommeil et » s'est enfui avec mon argent, me laissant sur le » terrain ; j'avais perdu tout mon sang et je sou- & tenais ma tête avec la main, afin qu'elle restât
» fixée sur mes épaules. Comment ai-je pu sur- » vivre à une blessure pareille ? Je l'ignore. Dieu » le voulait ainsi et me réservait à votre juge- D ment. Je sais que vous me condamnerez à la » peine capitale, et vous ne pouvez faire autre- » ment; c'est justice ! Mais, je vous en prie, ac- » cordez-moi la faveur de me tuer de suite. A » quoi servent vos questions, les dépositions de » cette armée de témoins amenés à l'audience? » Nous ne comprenons pas toutes ces lenteurs ; » finissons-en au plus vite I »
Il fut naturellement condamné à mort, mais après quinze jours d'interrogatoire, de dépositions, de réquisitoire, de plaidoiries, suivies de la réplique du Commissaire du Gouvernement, de celle de « l'honorable défenseur », et un verdict qui nécessita plusieurs heures de délibération : plus de cent questions avaient été posées aux membres du Conseil, et la moitié, au moins, entraînait, pour chacune d'elles, la peine de mort.
Ainsi le veut notre justice, mais les indigènes ne la comprennent pas encore : ils ne comprennent, pour le moment, que la justice sommaire et sans forme de procès.
Tel était l'homme que, le 13 février 1874, Si
Mâmmar nous annonçait comme parti pour une r'azzïa^ et peut-être lancé à la traverse de notre route sur Ouargla.
Par une coïncidence bizarre et singulière, nous étions suivis à quelque distance par une petite caravane qui conduisait à Ouargla deux femmes, destinées à y être remises à un émissaire des Oulad Sidi Cheïkh, en échange d'une jeune fille, leur prisonnière, et proche parente d'Ali Bey, Tancien kaïd de Tougourt.
L'une de ces deux femmes se nommait Fatma bent Djelloul ben Ilamza, épouse chérie de Bon Choucha, dont elle était enceinte actuellement, et l'autre s'appelait Messâouda, négresse esclave de la première.
Dans un coup de main exécuté par nos partisans, elles avaient été enlevées et conduites à Constantine; puis, sur les instances d'Ali Bey, qui voulait revoir sa cousine, on les ramenait à petites journées dans le Sahara.
Bou Choucha, fier d'être allié à la noble famil' dés Oulad Hamza, lui, berger, fils de berger, ; mait Fatma, autant qu'un homme pareil j aimer : il aimait surtout par esprit de vani^ d'orgueil.
Quant à lui demander pour sa femme les
soins^ les attentions d'un homme civilisé^ il ne saurait en être question ; cela n'existe point dans les mœurs indigènes^ et le mari le plus galant^ chez ce peuple^ paraîtrait à des Parisiennes un rustre abominable.
Du reste, Fatma bent Djelloul ben Hamza ne tenait aucunement à revoir son seigneur et maître; elle avait déclaré catégoriquement qu'elle voulait retourner auprès de ses parents, les Oulad Sidi Cheikh, mais non point auprès de son mari « qui » ne s^ était pas bien comporté à son égard et qu'elle » ne considérait point comme son. égal y car il n'é- » tait pas noble de race (sic). »
Allez, maintenant, sonder le cœur des femmes et savoir si celle-ci disait vrai !
Elle nous raconta aussi que ses parents habitent le Gourara et résident au Kef, près de Timimoun, chez les Khenafsa, serviteurs séculaires delà famille des Oulad Hamza; que son père est mort en 1864, tué par les soldats de Beaupré tre au combat à'Aïn Bou Beker, dans la journée du 8 avril ; que sa mère vit encore ; qu'elle a deux frères adolescents qui montent à cheval et promettent beaucoup comme guerriers ; que ses deux sœurs sont mariées.
La négresse Messaouda n'a qu'un rêve : c'est
de revoir le Touat et son fiancé^ Salem^ un beau nègre qui habite le village d'El Henna
En quittant Blidet Amar, une pluie fine corn* menée à tomber^ la première de Tannée dans ce pays où il n'en tombe guère. Nous sommes percés jusqu'aux os et nos cavaliers arabes saluent le général du titre de : Maître à V éperon vert! Ce qui équivaut, dans le Sahara, à VAve, Imperator ! des légionnaires romains .
La pluie, au désert! C'est Tor tombant par gouttes incessantes I C'est la vie de Fhomme, car elle fait pousser, en 24 heures^ la nourriture d'un mois pour les troupeaux qjui son( la base de son alimentation .
A 3 heures de l'après-midi, nous arrivons, sans nous en apercevoir, sur un emplacement où Ton avait préparé, à notre intention, du drine et des plantes sèches destinées à la cuisine et qui, sous ce prétexte, sont appelées du bois. Nous mettons pied à terre, les bottes pleines d'eau, et, tandis que les coups de maillet retentissent sur les piquets des tentes, nous allumons vite un feu de bois pour réchauffer nos membres glacés. Et la pluie tombait toujours I
C'est ici que nous devons passer la nuit : nous
voilà bien dans le Khela, sombre et menaçant. Pas d'oasis aux environs, pas la moindre trace d'habitation. Ayons Toeil ouvert ce soir : nous bivaquons à Drâa el Baguel (la colline du baguel) ; — le baguelestune salsolacée que nos bêtes ne dédaignent point, mais que les botanistes, qui lui préfèrent sans doute de bons biftecks ou d'excellentes côtelettes, ont bien voulu appeler : Anabasis Articulata (!!!) ô popoi ! pheu ! pheu !
Du feu, nous en avons et, dès que notre tente est dressée, nous creusons, dans le milieu de son axe, suivant tous les préceptes de Tart, un trou de 25 centimètres de diamètre, de 16 centimètres de profondeur, que nous remplissons de braises et de cendres chaudes. Puis, autour de ce calorifère primitif, nous nous asseyons quatre bons camarades, pas tristes du tout, et joyeux, ce jour-là, de cette satisfaction tout intime qui consiste à entendre la pluie tomber sur une tente, dont la toile, bien tendue et solide, n'en laisse pas pénétrer une seule goutte à l'intérieur.
Si le roi Louis XI vivait encore, lui qui prétendait qu'il y avait quatre plaisirs dans le monde, il ajouterait celui-ci aux autres et en compterait cinq.
Hélas I notre béatitude fut troublée par le trom-
pette du général, qui sonnait à Tordre : on doubla les grand'gardes, on les plaça à 2 kilomètres tout autour du camp, on prit les précautions les plus minutieuses : un peloton de cavaliers arabes reçut Tordre de se disperser très en avant des grand*gardes et de faire des patrouilles jusqu'au lendemain matin.
Pour veiller à Texécution de ces mesures de prudence, il fallut courir à droite et à gauche : dans le sable, la boue ne nous incommodait guère, mais les douches glacées que nous recevions, refroidissaient singulièrement notre enthousiasme pour la gloire.
Enfin, à la nuit noire, chacun put réintégrer son domicile et goûter un repos bien mérité. Les premières heures de sommeil furent silencieuses, mais, sur le matin, les chevaux, animés par le froid et fatigués d'être mouillés sans intermittence, cassent cordes et piquets et commencent à travers le camp une sarabande insensée.
Tantôt, ils poussent des hennissements furieux et se ruent les uns sur les autres : on entend parfois les coups sourds, indices des combats singuliers qu'ils se livrent entre eux. Tantôt, c'est un galop qui se précipite menaçant dans toutes les directions.
Réveillés par ce tumulte, les soldats lancent des jurons à faire trembler Lucifer lui-même; chacun, au risque des ruades, cherche à tâtons, dans les ténèbres, à ressaisir un coursier fugitif. Et il faut voir comme cette opération est facile 1
Dans notre tente, nous tremblions constamment de rester ensevelis sous ses ruines et sous le poids d'un de ces animaux.
L'un de nous, un mauvais plaisant, s'écria même que cette agitation des chevaux était anormale, et qu'ils avaient dû sentir dans le voisinage les émanations des cavales de Bou Choucha. Il ne croyait pas si bien dire. Enfin, nous prenons un parti héroïque : nous nous décidons à éclairer la situation, à sortir de nos moelleux lits de cantines et à allumer nos bougies. Quel spectacle vint jfrapper nos regards stupéfiés!
Au sommet du piquet de notre tente conique, nous apercevons un être à face humaine, le chef orné d'un bonnet de coton, les jambes couvertes de ce vêtement « ineœpressible » qui se nomme caleçon. Nous nous comptons avec effi-oi : nous n'étions plus que trois ; il manquait l'un de nous à l'appel ; plus de doute, l'homme au piquet était certainement le quatrième. Alors, tout à fait rassurés au sujet de cette apparition fantastique,
nous partons d'un éclat de rire inextinguible. Était-ce la crainte de Bou Choucha, ou des chevaux, qui avait donné à notre ami cette agilité d'acrobate ? Nul ne Ta jamais su ; mais le fait est, que son costume de nuit et sa position, très di*ôlatique, en ce moment, ne relevait point ses avantages naturels ; au contraire.
H descendit enfin de son observatoire et se mit à rire de bon cœur de nos lazzi. Cette nuit fut appelée « la nuit du piquet de tente », et c'est ainsi qu'elle est connue dans les annales de notre excursion au Sahara.
H nous sembla impossible de nous rendormir et nous attendîmes en causant la sonnerie de la diane : il était 6 heures du matin quand elle se fit entendre.
Nous nous mettons en selle par la pluie battante, obliquant un peu au Sud- Sud-Ouest pour nous diriger sur £1 Hàdjira, où nous camperons ce soir.
La route suit des crêtes sablonneuses, parsemées de touffes de baguel, de drine, de chih' C^rtemisia albaj, d'azir (rosmarinus officinalisj et de cette plante de la famille des balanophorées, qu'on a appelée cynomorium coccineum (L.).
Vers midi, la pluie cesse enfin ; elle avait duré
24 heures sans interruption^ chose excessivement rare dans le pays.
Nous déjeunons au puits artésien de Bar'dad (1), qu'il ne faut pas confondre avec la Bar'dad des Mille et une Nuits; Teau qu'on y boit est fortement salée.
Nous remarquons, éparses çà et là, de misérables cahutes ruinées qui formaient autrefois le village de Bar'dad.
De là, à travers des dunes continuelles, nous arrivons, vers 4 heures du soir, à El Hadjira, infime oasis, dont la plupart des palmiers sont à moitié enfouis. Le ksar est bâti sur un piton rocheux qui domine la plaine et ressemble à une petite forteresse. Il possède une zaouïa de Tordre de Tidjani et relevant de Temaçïn directement. Le village, un des plus propres de la région sa-
li) c Bar'dad (altitude : 87») est située à 16 lieues au 9 sud-ouest de Tougourt, sur la route d'Ouargla. C'est une » ancienne oasis détruite par les Touareg et qui avait été f fondée par les Béni Mzab. S'il faut en croire les traditions, 3 elle était renommée dans tout le Sud pour la beauté de ses » fruits. Des ruines d'habitations, des troncs de palmiers, f une source salée parmi les roseaux qui bordent le chott » près duquel elle était bâtie, voilà tout ce qui reste de » Bar'dad. » — (Colonel Séroka, id,)
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