LA BONNE AUBERGE
Autour de nous tout n'est que ténèbres et leurre ; L'impitoyable vie est comme un grand chemin Où, Sphinx inévitable et multiforme, l'Heure Propose à l'homme, dont le Hasard tient la main, L'énigme d'un indéchiffrable lendemain.
Des monstres dont la nuit exagère les formes Grouillent confusément dans les brouillards malsains, Hideux fourmillement die fantômes énormes Qui, dans l'ombre embusqués comme des assassins, Assaillent le passant en farouches essaims.
En vain l'homme tâtonne et se débat : le Doute De détours en détours l'égaré dans la nuit; L'Imprévu qui le guette aux tournants de la route, Brusquement le saisit à la gorge; l'Ennui, La Peur et le Remords cheminent avec lui.
Parfois il voit briller des clartés fantastiques Qui voltigent au loin comme des feux follets : L'Illusion bâtit ses demeures féeriques, L'Espérance, mirage aux perfides reflets, L'attire, l'Amour rit en tendant ses filets.
Vers ces astres trompeurs l'homme court. Touts'abime ;
De nouveau le silence et l'épouvantement
Des ténèbres ; et lui, pitoyable victime
De l'Espoir qui déçoit et de l'Amour qui ment,
Se remet en chemin plus désespérément.
O triste voyageur! marche; voici l'Auberge, Voici le but I encore un pas; franchis le seuil Hospitalier; la Mort, hôtesse aimable et vierge, T'attend,' et sous son toit te fait joyeux accueil ; Entre et repose-toi dans la paix du cercueil!
C'est'là que tu pourras, tranquille et solitaire. Dormir le bon sommeil que jamais n'interrompt La confuse rumeur des choses de la terre, Tandis que les gazons et les fleurs sur ton front Verseront leurs parfums et s'épanouiront !
PfliVS IDE J^ÊVE
Je sens déjà sur mes lèvres La fraîcheur des cieux nouveaux.
A. Reïté.