‹ Étapes vers le crépusculeChapitre 14 sur 53 · AD ASTRA · texte numérisé non relu

AD ASTRA

Tes désifs voguaient, fins vaisseaux, Vers de merveilleuses conquêtes, Bravant le ciel, bravant les eaux, A travers brumes et tempêtes ;

Ils furent conduits aux récifs Par l'Amour, ce mauvais pilote, Et l'escadre de tes esquifs Là-bas à l'aventure flotte

Sur la mer aux flots irrités, Sans rivage, sans ports ni havres.

Voiles molles, ponts démâtés.

Parmi l'écume et les cadavres.

Les hommes, tes frères, ont ri De ton lamentable naufrage.

Et, te voyant las et meurtri, Ironiques, t'ofit dit : « Pa):tage

Nos festins où coule le vin De la joie et de la débauche :

Le rêve ment, l'amour est vain, Le ciel est vide et la mort proche ;

Matelot trahi par la mer, Aborde parmi nous, échange Le vent âpre, l'embrun amer, Le flot traître contre la fange ! »

Et tu te mêlas au sabbat Où, monstrueuse et jamais lasse, La horde des démons s'ébat, Ricane, blasphème et grimace.

Pauvre ! fuis vers les paradis

Lointains, où règne L'oubli des sinistres jadis

Dont ton cœur saigne !

Loin de la terre et des vivants.

Loin de la règle, Plus haut que la foudre et les vents,

Monte, grand aigle !

Mêle aux feux des astres l'éclair

De tes prunelles, Conquiers l'azur immense et clair

A grands coups d'ailes !

Architecte de l'irréel.

Sans peur, sans trêve, Pour ton palais, sculpte le ciel

Selon ton rêve ;

Taille dans l'azur ses balcons

Et ses pilastres, Et, pour lustres, à ses plafonds.

Suspends des astres !

Chante la tristesse des soirs,

La paix de l'aube.

Où des anges tu croiras voir

Flotter la robe.

Morts les amours dont tu souffris!

Lasses leurs fièvres !

Mais l'aube au sein rose, aux yeux gris,

T'ofTre ses lèvres,

Et par les couchants bleus et verts,

Vois ! les étoiles Sont comme des yeux à travers

L'ombre des voiles !

Voici des champs illimités,

Des mers sans houle, Des bois où le flot des Léthés

Murmure et coule ;

Pour t'emporter par les chemins

De tes domaines, — Monstre que domptèrent tes mains

Et que tu mènes, —

La Chimère t'offre ses reins

Que rien ne lasse :

Presse ses flancs, saisis ses crins.

Et, par l'espace.

Galope, libre cavalier.

Sois fou, sois ivre Des rêves qui font oublier

L'ennui de vivre !

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