L'INACCESSIBLE
Cuirassés d'azur et d'argent, Il est des sommets émergeant
D'un amoncellement de masses formidables, Et qui s'élancent, radieux Ainsi qu'un cénacle de dieux
Dans la sérénité des cieux inabordables.
Là, nul vivant, nul bois épais :
Le calme, l'hiver et la paix
Figés à jamais dans la solitude blanche : Sur les pentes roides, où meurt Dans le vide toute rumeur,
Silencieusement s'écroule l'avalanche.
Et de ces géants de granit Plongeant dans l'azur infini.
D'un paradis lointain étincelants pilastres, Nul œil nul pied humain n'atteint La cime où jamais ne s'éteint
L'irradiation ruisselante des astres.
Toi qui possèdes à jamais, Comme ces radieux sommets,
L'impeccable blancheur de la neige et du cierge, En ta noble sérénité, Seras-tu comme eux, ô Beauté!
Implacablement froide, implacablement vierge?