LIMBES
Des arbres vibrant comme des lyres Qu'effleure un archet aérien.. .
Des lacs dormants où rien ne se mire... On dirait quelque spectral empire Endormi d'un sommeil très "ancien Que berce ce chant aérien.
Nul astre. — Un brouillard flotte en vagules Qui s'irrisent d'un reflet subtil.
Est-ce l'aube ? est-ce le crépuscule > Ou l'âme des choses qui circule ?
Clarté difl'use et parfum subtil, Ce reflet si tendre d'où vient-il ?
Les nuances qui teintent à peine
Les fleurs s'accordent en chœur discret
Pour une mélodie incertaine :
Telle quelque musique lointaine
De flûte et de cor, où se mourrait
La voix d'on ne sait quel regret.
Le contour s'atténue et s'estompe, Indécis dans l'indécis reflet :
C'est l'éternelle et féerique pompe D'un mirage qui charme et qui trompe ; Tout est nuance, ébauche et reflet En ce monde, on dirait incomplet.
C'est le pays où la mort convie A l'éternelle extase, à l'oubli, Tous ceux-là pèlerins de la vie Sans amour, sans joie et sans envie, Hors celle du calme et de l'oubli Sous la brume d'un ciel apali ;
Ceux dont les réalités moroses Froissaient l'âme et le cœur ingénu Et qui, sur l'aile des rêves roses, S'exilaient des hommes et des choses Tristes martyrs d'un cœur ingénu Qu'angoisse un désir de l'inconnu 1