‹ Étapes vers le crépusculeChapitre 33 sur 53 · PAR UN SOIR DE MAI · texte numérisé non relu

PAR UN SOIR DE MAI

Le ciel tragique était fleuri du sang des roses Qui mouraient des baisers farouches du soleil : Rappelez-vous! ce soir nostalgique, pareil A mon cœur que peignait la tristesse des choses, Le ciel tragique était fleuri du sang des roses !

Ah ! le ciel triste, — triste et pur comme vos yeux, ■ Où la pâleur du jour et le soleil oblique Epandait la douceur d'un chant mélancolique, Le ciel me renvoyait Técho de vos adieux Et le reflet si doux et triste de vos yeux!

O votre voix qui me disait, — dolente et fausse, —

« Le rêve fou qui fut le vôtre est aboli :

Aux lâchetés de' l'inconstance et de l'oubli

Il faut que votre cœur se résigne et se hausse. »

O cette voix exquisément dolente et fausse !...

Oui, vous fûtes sincère et droite, je le sais, Et vous avez voulu m'épargner, — âme bonne Et haute, — le mépris dont l'horreur empoisonne Le souvenir de nos plus chers bQnheurs passés ; Oui, vous fûtes sincère et droite, je le sais.

Mais, pour moi, TAutrefois est la coupe où, sans trêve,

Il faut boire jusqu'à la lie un vin amer;

Comme on jette un cadavre au gouffre de la mer,

J^ ne puis y noyer le spectre de mon rêve ;

Oui, la coupe du souvenir s'emplit sans trêve.

Me résigner? Je ne peux pas ! je ne peux pas ! C'est ma faiblesse et ma torture et ma folie ! Que, vous ayant connue un jour, je vous oublie, Que j'efface en mon cœur l'empreinte de vos pas, Ah ! voyez-vous, je ne peux pas, je ne veux pas!

Pourtant mon cœur en vain se révolte et s'indigne; 'Tu règnes impassible en ton ciel, ô Beauté ! Et tout, tout ce qui vit et meurt de ta clarté, Astre implacable ! te bénit et se résigne ; Oui, contre cette loi mqn cœur en vain s'indigne!

Et ce soir-là, les fleurs du parc, courbant le front Sous les mortels baisers du soleil, disaient : « Père! Béni sois-tu ! Salut, ô vivante Lumière ! Qui nous versas la vie et par qui nous mourrons! > Ainsi chantaient les fleurs du parc courbant le front.

Et, vers le ciel tout empourpré du sang des roses, Rappelez-vous ! montaient leurs parfums languissants, Avec l'écho de vos adieux, comme un encens, Comme un chant résigné qui s'en allait des choses Vers le ciel tout ensanglanté du sang des roses!

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