LA SOLITUDE
En tes jours de douleur n'espère pas la palme Que le prêtre promet au cœur transgladié ; Ne cherche pas l'oubli, n'implore pas le calme De l'ingrate Nature, ou Thumaine pitié !
Les hommes traiteraient d'hypocrite parade
Ton mal qu'ils railleraient de leurs rires brutaux :
L'âme sincère s'avilit et se dégrade
A se montrer sans voile aux quinquets des tréteaux.
La" Nature te hait; elle souffre elle-même, Elle n'a pas de baume' et de larmes pour toi ; Ne jette pas au ciel d'inutile blasphème ; Le blasphème lui-même est un acte de foi.
Souffre en silence et meurs dans la fière attitude Dont le gladiateur insultait son vainqueur, Homme ! le désespoir est une solitude Dont le sable boira tout le sang de ton cœur !
Les rêves fous n'y viennent point en caravane Seul, aigle toujours prêt à déchirer ta chair, Au fond du ciel implacablement morne, plane Le souvenir de ce qui te fut doux et cher !