PASSANTES
Les roses du jardin, sur leurs tiges brisées, Lasses du vain espoir de vous voir revenir. Meurent de votre exil, et, lourdes de rosées Semblent, dans la pâleur du jour près de finir, Des cœurs saignants pleins des larmes du souvenir.
Vous qui fîtes fleurir, au gré de vos caprices, Ces fleurs où revivaient vos âmes : fleurs d'ennui, Fleurs de tendresses, fleurs de rêve, fleurs de vices, O vous qui versiez en mon cœur, aux jours enfuis, Ou l'ardeur des midis ou le calme des nuits !
Vous avez fui vers l'inconnu, sinistre auberge Où vous attendent d'équivoques lendemains ! Toi la Chercheuse d'irréel, et toi la Vierge, Et toi la Fille résignée aux humbles mains Quêteuses de l'amour au hasard des chemins,
Et Toi, si triste, à l'âme enclos-e dans le songe
Nostalgique d'un inaccessible idéal.
Qui disais que l'amour humain n'est que mensonge,
Avec ta voix mélancolique à faire mal
Comme les cloches des troupeaux au fond d'un val î
Vous avez emporté dans les plis de vos voiles Les suprêmes reflets du soleil qui se meurt, - Et dans vos yeux l'espoir des futures étoiles ; Et le ciel vide, sur le parc épand l'horreur D'un regard louche, formidable et sans lueur.
Hélas! je vous revois, vous toutes, les complices
De mes rêves joyeux ou tristes ou pervers,
— Vous qui fûtes un peu de mon âme ! — aux caprices
De la vie implacable et vaine, roulant vers
Quelles ténèbres, quelles fanges, quels hivers!
Mon souvenir vous suit et vous aime, ô fantômes Flétris par la débauche ou par l'âge plies ! Contre les cruautés de la vie et des hommes ,. Que ne puis-je abriter vos coeurs transgladiés Avec tout mon amour et toute ma pitié !
Et Toi! Toi qui, là-bas où l'ombre s'accumule, T'attardes au geste suprême des adieux ! Toi la dernière ! ô Passante du crépuscule ! Si gaie, avec, pourtant, du rêve plein les yeux, Ta tête folle et ton beau rire audacieux !
Reste ! ne tente pas l'aventure des routes ! Au seuil du palais déserté reviens t'asseoir ; Vois, les fleurs au jardin ne sont pas mortes toutes Leurs corolles vers toi. comme des encensoirs, Exhalent en parfums l'âme triste des soirs !
Le vent qui passe sur nos fronts, c'est la caresse Des jadis que nous avons crus évanouis ; Et des lys refleuris, érigeant leur sveltesse Sous la candeur des cieux tendrement apalis, Sont comme des rayons de lune épanouis !