‹ Étapes vers le crépusculeChapitre 50 sur 53 · LE REFUGE · texte numérisé non relu

LE REFUGE

Donc, après les fauves midis, Voici la paix des cieux stellaires !

Meurtri des rancœurs, des colères, Et des faux amours de jadis Rués sur mon cœur en détresse.

J'ai fui vers l'oasis sacré de ta tristesse !

Tes yeux si calmes, froids et gris, Semblent deux étangs de glace, Où deux astres chus se sont pris, Qui dorment loin de la surface ; Tes yeux reflètent la couleur De la cendre que la douleur Au fond de ton cœur accumule,

Tes yeux tristes, tes yeux couleur de crépuscule.

Ah ! rires vains! éteignez-vous

Où la joie insane de vivre

Vibre comme un vol de guêpe ivre !

Et vous, regards trompeurs et doux !

Toi tu me verses le dictame

Qui doit dissiper mes ennuis ;

Sœur mélancolique des nuits,

Ta tristesse est un clair de lune sur mon âme.

Mais ton sourire, un peu. dément — Même triste - ta tristesse, Eclair fugitif et charmant Que jeite encore ta jeunesse, Prometteur de quels paradis!

Il fait se rallumer les fièvres Mauvaises des mauvais jadis ; L'autrefois aux lacs de tes lèvres, Va-t-il,'làche; me ressaisir?

Ton sourire est le fruit où volent mes désirs !..

Car je crains encor la hantise Du passé; — vois-tu mon enfant — Dont ta tristesse me défend Et que ton regard exorcise ;

Si tu veux m'être douce, éteins Ton sourire, astre pâle aux langueurs des lointains !

Ainsi ! c'est bien, voici le calme !

Ta main a la fraîcheur des palmes

Douce à mon cœur lourd d'ennui ; Et de tes yeux couleur de cendre Je ne sais quoi semble descendre,

Est-ce une aube ? est-ce la nuit ?

Ma vie est maintenant comme un songe qu'éclaire La lueur de tes yeux de ciel crépusculaire !

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