LE REFUGE
Donc, après les fauves midis, Voici la paix des cieux stellaires !
Meurtri des rancœurs, des colères, Et des faux amours de jadis Rués sur mon cœur en détresse.
J'ai fui vers l'oasis sacré de ta tristesse !
Tes yeux si calmes, froids et gris, Semblent deux étangs de glace, Où deux astres chus se sont pris, Qui dorment loin de la surface ; Tes yeux reflètent la couleur De la cendre que la douleur Au fond de ton cœur accumule,
Tes yeux tristes, tes yeux couleur de crépuscule.
Ah ! rires vains! éteignez-vous
Où la joie insane de vivre
Vibre comme un vol de guêpe ivre !
Et vous, regards trompeurs et doux !
Toi tu me verses le dictame
Qui doit dissiper mes ennuis ;
Sœur mélancolique des nuits,
Ta tristesse est un clair de lune sur mon âme.
Mais ton sourire, un peu. dément — Même triste - ta tristesse, Eclair fugitif et charmant Que jeite encore ta jeunesse, Prometteur de quels paradis!
Il fait se rallumer les fièvres Mauvaises des mauvais jadis ; L'autrefois aux lacs de tes lèvres, Va-t-il,'làche; me ressaisir?
Ton sourire est le fruit où volent mes désirs !..
Car je crains encor la hantise Du passé; — vois-tu mon enfant — Dont ta tristesse me défend Et que ton regard exorcise ;
Si tu veux m'être douce, éteins Ton sourire, astre pâle aux langueurs des lointains !
Ainsi ! c'est bien, voici le calme !
Ta main a la fraîcheur des palmes
Douce à mon cœur lourd d'ennui ; Et de tes yeux couleur de cendre Je ne sais quoi semble descendre,
Est-ce une aube ? est-ce la nuit ?
Ma vie est maintenant comme un songe qu'éclaire La lueur de tes yeux de ciel crépusculaire !