LE CHARME DE LA MORT
On voit palpiter les premières étoiles, Dans le crépuscule gris et nébuleux, Comme dans l'ombre et le mystère des voiles, Des yeux de femme, des yeux tristes et bleus.
Du ciel d'hiver, dont pâlit la roseur tendre, Doucement tombe un calm© religieux ; Le jour qui se meurt au ciel couleur de cendre, Verse en mon cœur la tristesse d'un adieu.
Le soir au loin, une cloche sonne l'heure ! Oh ! n'est-ce pas un glas qui tinte là-bas ? Oh ! n'est-ce pas la plainte d'un glas qui pleure, Et puis s'apaise sous le ciel gris et bas?
Dans le parfum d'une fleur mourante et pâle, — Si pénétrante et si triste est sa douceur ! — Je respire une âme frêle qui s'exhale, Languissamment dans un souffle caresseur.
Rayons pâlis ! parfum des feuilles jaunies ! Lointaines voix des cloches qui sanglotez ! Ah ! pour un cœur dont vous bercez l'agonie, Echo très doux du murmure du Léthé !
Lorsque la main de la Mort qui te menace, Sacre à jamais ton amour et ta beauté, O Femme ! de la splendeur et de la grâce Funéraire d'un déclin de jour d'été ;
Lorsque ta voix qui défaille et qui supplie,
— Râle d'amour et de terreur surhumain, — Éperdûment clame la mélancolie
Et la ferveur des bonheurs sans lendemain,
Alors tristement je m'enivre des charmes,
— Ivresse aiguë, ardente comme un remords !- De tes beaux yeux reflétant parmi les larmes, L'extase amoureuse et l'horreur de la mort.
De la langueur des baisers, qui, sur tes lèvres, Expirent presque en sanglots désespérés, Lorsque la Mort mêle son souffle à la fièvre De ton amour par l'angoisse exaspéré.