‹ Etat Actuel de la Physio-Pathologie de la Glande HypophysaireChapitre 11 sur 19 · DONNÉES FOURNIES PAR L'ACTION EXPÉRIMENTALE DES EXTRAITS HYPOPHYSAIRES · texte numérisé non relu

DONNÉES FOURNIES PAR L'ACTION EXPÉRIMENTALE DES EXTRAITS HYPOPHYSAIRES

1° Action sur l’appareil cardio-vasculaire. — Depuis les recherches premières d’Oliver et Schäfer, on sait que l'injection d’extrait hypophysaire dans la circulation sanguine produit de l’hypertension. Un résultat discordant ayant été obtenu par Szymonowicez, lequel avait conelu à l’hypotension, Livon, Howell, de Cyon, s’attachèrent à l'étude de cette question. Livon vit que l’élévation de la tension était rapide avec ralentissement du pouls et grande intensité des battements du cœur. Cette première hypertension est suivie bientôt d’une légère hypotension, laquelle fait place bientôt à l’hypertension caractéristique. Howell fait des constatations de même ordre, mais note que les extraits du lobe postérieur sont seuls actifs au même titre que l’extrait total, et que le lobe antérieur glandulaire est totalement inactif. Ces conclusions diffèrent de deux points sur celles de Livon : 1° il trouve qu’une première injection donne en quelque sorte une immunité puisque une seconde injection n’est plus suivie d’effet ; 2° après section des pneumo-gastriques, il trouve encore le ralentissement du pouls et le choc énergique du cœur,

alors que pour Livon, après vagotomie double, l’hypertension se produit mais sans ralentissement et sans augmentation de l’impulsion cardiaque. |

De Cyon injecte des extraits préparés par une technique spéciale, après ébullition ou dessiccation ; il pense de la sorte pouvoir distinguer dans l’hypophyse plusieurs substances actives, dont l’une, l’hypophysine, agit sur la force et le nombre de pulsations, et dont l’autre agit sur les vaso-constricteurs.

À partir de ces travaux fondamentaux, toute une série de recherches ultérieures ont précisé le mécanisme de l’action cardio-vasculaire de l’hypophyse.

Voïci ce que l'on peut tirer de leurs conclusions parfois contradictoires. La substance pourvue d’activité physiologique se trouve dans le lobe nerveux; elle fait défaut dans le lobe antérieur et, contrairement à l’opinion soutenue par Silvestrini, ne paraît pas représentée par les vésicules col- loïdes de la région interlobaire. L’existence signalée par Schäfer et Vincent de deux substances, l’une hypertensive, l’autre hypotensive, dans le lobe nerveux, n’a paséte confirmée par les autres expérimentateurs.

L'action hypertensive générale coïncide avec une vasoconstriction spéciale dans certaines régions, courte dans la muqueuse nasale, un peu plus longue dans le larynx, très intense et persistante dans le corps thyroïde (Hallion et Carrion). À noter l’intérêt de ces derniers faits pour expliquer la disparition des battements du goître chez certains basedowiens, soumis à l’opothérapie hypophysaire. L'action sur le rein mérite quelques remarques ; elle est complexe : la vaso-constriction spéciale durant peu, est suivie d’une longue vaso-dilatation, avec diurèse abondante mise en évidence par Schâäfer et Herring, et ces derniers

st, A pensent que l’hypophyse aurait une action spécifique, stimulante, sur l’épithélium des reins.

Sur le mécanisme de cette action cardio-vasculaire de l’hypophyse, les auteurs sont en désaccord ; y a-t-il excitation du pneumo-gastrique ou bien action directe sur les ganglions du cœur.et les vaisseaux périphériques ? Garnier et Thaon croient l'intégrité des pneumo-gastriques nécessaire pour obtenir les modifications rencontrées ; ils admettent que l’extrait agit sur les centres de ce nerf modérateur ; la plupart des physiologistes trouvent que l’extrait conserve ses propriétés après la section des vagues eu après leur paralysie par l’atropine. Schäfer et Swale Vincent eroient même que dans ce cas l’hypertension est plus forte ; Hoppel, Livon, Salvioli et Carraro pensent toutefois que le ralentissement du pouls et le renforcemnt de la systole sont beaucoup moins marqués après vagotomie double préalable.

En résumé, l’extrait hypophysaire paraît bien agir sur les centres cardio-inhibiteurs, mais cette action paraît faible à côté de celle exercée sur la fibre musculaire lisse des vaisseaux. Livon l’a démontré le premier, que, lorsque l’hypertension est produite, l’excitation du pneumogastrique, qu'il soit intact ou que l’excitation porte seulement sur le bout supérieur sectionné, ne donne plus chez ‘e lapin la chute de pression habituelle. Salvioli et Carraro croient pouvoir préciser le mécanisme d’action périphérique ; ils ont obtenu, en effet, les résultats habituels en injectant de l’extrait hypophysaire à des animaux sur lesquels la mœlle avait été sectionnée entre la quatrième et la cinquième cervicale; d'autre part, sur une patte séparée du reste du corps par une ligature très serrée, ils ont pu, après injection d'extrait hypophysaire dans les vaisseaux de ce segment, obtenir de la vaso-constriction.

AR

Enfin, en respectant au cours de leur ligature la sciatique, iis ont trouvé que l’injection d’extrait hypophysaire dans la jugulaire n’entraînait qu’une vaso-constriction légère et tardive, d’où conclusions favorables à l’hypothèse d’une ection directe sur les parois vasculaires plutôt qu’une excitation des centres vasomoteurs. Mais une question reste encore à résoudre. Cette action se produit-elle dans la fibrs musculaire lisse proprement dite ou sur la terminaison nerveuse de cette fibre ? Les expériences d’Hembdon et d’Allen Cleghorn laissent toujours la question ouverte ; ces auteurs ont constaté que l’extrait d’hypophyse avait une action sur le cœur isolée, renforçant ses battements et diminuant leur nombre, on ne peut ici encore se prononcer pour savoir s’il y a excitation du muscle cardiaque ou de ses centres nerveux ganglionnaires.

Ces modifications fonctionnelles de l’appareil cardiovasculaire sous l’influence de l'extrait hypophysaire étant connues, on pouvait se demander s’il n’existerait pas un athérome d’origine hypophysaire comparable à l’athérome d’origine surrénale. Baduel est le seul expérimentateur ayant conclu un pouvoir athéromisant de même ordre ; Etienne, Parisot n’ont obtenu en effet chez le lapin qu’une hypertrophie cardiaque, sans athérome, et des résultats également négatifs ont été signalés par Carraro, ffallion, Alquier, Renon et Dellile.

Pour terminer ce qui a trait aux rapports de l’hypophyse et de l’appareil cardio-vasculaire, il nous reste à dire quelques mots de l’hypothèse d’une action circulaire d’ordre purement mécanique développée par de Cyon ; la plupart des physiologistes l’ont d’ailleurs mise en doute. ( Enfermée dans une cavité à parois rigides, situées ellesmêmes dans l’endroit le plus abrité de la boîte crânienne, ce trouvant en communication avec le troisième ventri-

cule du cerveau, abondamment pourvu de vaisseaux saneuins avec une disposition toute particulière des veines, entourée en outre de puissants sinus veineux, l’hypophyse, dit M. de Cyon, est excessivement sensible aux fluctuations de la pression, soit du liquide cérébro-spinal, soit du sang. Toute pression exercée sur l’hypophyse se manifeste immédiatement par une brusque variation de la pression sanguine et par un notable ralentissement des battements cardiaques dont l’amplitude est considérablement augmentée. Ce ralentissement, dû à l’excitation des pneumogastriques, amène de son côté une notable accélération du - sang à travers les vaisseaux thyroïdes. »

L’hypophyse deviendrait ainsi une sorte de régulateur de la pression sanguine intracrânienne ; il est assez curieux de noter que c’est le même rôle qui füt prêté autrefois au COTpS thyroïde. Cette hypothèse de de Cyon a contre elle toute une série de faits groupés par Livon, et en premier lieu des considérations d’ordre anatomique : la loge renfermant l’hypophyse affecte en effet des dispositions très variables suivant les espèces ; chez le rat, le chat et le chien, parmi les mammifères, la glande n’est nullement enfermée dans une cavité à parois rigides, il est impossible d’admettre qu’une disposition inconstante d'anatomie topographique puisse régir la physiologie d’une glande endocrine. En outre, les ablations ou cautérisations de l’hypophyse et même les hypophysectornies (Livon) u’entraiînent pas les modifications cireula- toires d'ordre mécanique. De Cyon s’est adressé à la méthode des excitations électriques pour appuyer son hypothèse d’une fonction mécanique circulatoire, et il aurait constaté chez le lapin que ces exeitations accentuaient les modifications cireulatoires (hypertension: ralentissement du pouls, augmentation d'énergie de la systole), déjà ob-

Page 1