CHAPITRE V
LES SYNDROMES D'INSUFFISANCE HYPOPHYSAIRE
Nous avons résumé, dans les chapitres précédents, les données d’origines diverses, histologique, physiologique, anatomo-pathologique, clinique, qui nous ont paru nécessaires pour prendre un aperçu de la pathologie générale de l’hypophyse ; nous venons de voir que l’opothérapie hypophysaire, bien qu’encore peu avancée, agit manifestement sur certains troubles morbides. Il convient maintenant, à l’aide de ces éléments divers, de tenter la description des diverses variétés d'insuffisance hypophysaire susceptibles d’être actuellement entrevues.
Déclarons de suite que nous nous bornons, en effet, à cette étude de l’hypopituitarisme ; l’hyperpituitarisme ou hyperhypophysisme ne saurait encore être abordé en l’état actuel de la clinique et de la physiologie. Il est vraisemblable, ainsi que l’a conclu Orhan, que l’acromégalie représeniera peut-être une partie de ce syndrome, mais tout est qusqu’ici matière à discussion‘dans cette question controversée.
L'étude des syndromes d'insuffisance hypophysaire est restée Jusqu'ici à peine ébauchée ; la plus grande cireonsrection était, en effet, de rigueur dans une question où les documents probants faisaient défaut.
Actuellement, à la suite des constatations d’ordre phy-
PES UE siologique ou anatomo-clinique de ces deux dernières années, en particulier celles de Livon, Alezais et des physiologistes de Johns Hopkins Hospital, on peut esquisser quelques divisions :
1° L'insuffisance pituitaire aiguë (cachexia hypophysiopriva, apituitarism des Américains) paraît avoir son autonomie ; mais elle présente un intérêt plus considérable peut-être au point de vue opératoire qu’au point de vue des réactions physiologiques prolongées. Nous avons vu plus haut ses éléments constitutifs : hypothermie, parésie du train postérieur avec attitudes caractéristiques, pouls petit et irrégulier, ralentissement de la respiration, tremblements, convulsions et contractures, coma terminal.
2° L’insuffisance pituitaire prolongée consécutive à l’hypophysectomie sub-complète est également isolée très nettement au point de vue expérimental ; elle est souvent caractérisée par une obésité spéciale, l’atropbie des orga- Les génitaux et une asthénie relative ; la glycosurie est inconstante. En clinique humaine, il existe d’autre part une obésité dont l’origine hypophysaire est toujours controversée, mais destinée vraisemhlablement à s’éclairer en regard de l’obésité expérimentale. Elle mérite de nous retenir. Fréhlich, le premier, soupconna la nature séméioiogique de l’adiposité dans les affections de la région hypophysaire. Après lui, toute une série d’auteurs virent coïncider l’accumulation de la graisse avec une tumeur de l’hypophyse. D'autre part, Madelung a publié le cas d’une fillette de 9 ans chez laquelle une balle pénétra dans l’orbite, S’arrêtant au niveau de la selle tureique ; consécutiveraent, l’enfant devint obèse, mais d’autres auteurs firent remarquer que chez les malades étudiés par eux et atteints
’adiposes successives, les tumeurs siégeaient dans le voi-
LA SRE
sinage de l’hypophyse en respectant cette dernière ; [rdheim, en particulier, niaït, en s’appuyant sur ces faits,
l'influence de la glande dans l’apparition de l’obésité et il:
pensait que l’adipose dépendait mlutôt de la destruetion ou de l’excitation d’une partie de la base du ecrveau, probablement la région infundibulaire. Les notions récemment acquises paraissent, malgré les réserves d’Erdheim, confirmer l’interprétation de Frôblich ; nous venons de voir, en effet, l’obésité expérimentalement réalisée à la suite d'insuffisance hypophysaire, par Livon et les physiologistes américains. Il nous reste, d’autre part, à invoquer l'amélioration produite par l’hypophysectomie chez les sujets -atteints Ge dystrophie adiposo-génitale (voir EKiselberg). |
Il est intéressant de noter comment la clinique et l’expé-
rimentation physiologique se prêtent un mutuel appui ;
les résultats opératoires du chirurgien de Vienne permettent d’exelure, semble-t-il, l’origine thyroïdienne de l’obésité qui, dans l’expérience fondamentale de Livon, aurait pu être soutenue ; d’autre part, le syndrome d'insuffisance réalisé par les physiologistes tend à montrer que dans l’adiposité consécutive aux tumeurs hypophysaires, on doit penser plutôt à une hypo qu’à une hyperhypophysie. Quoi qu’il en soit d’ailleurs de la nature du processus hypophysaire, leur rapport étiologique avec un trouble du fonctionnement glandulaire est actuellement acquis ; il appartient aux nouveaux observateurs de préciser maintenant le mécanisme par lequel l’hypophyse peut modifier l’état de la “raisse et de rechercher également l'importance des lé- SIONS Synergiques.
3° Syndrome d'insuffisance hypophysaire subaiguë. — Ce type est celui des états toxi-infectieux habituels. Exem-
ple : typhoïde, pneumonie, ete. Il est intéressant de re- :
+ AN PNR ET
Rae
marquer que ce syndrome, qui parut longtemps le plus facile à élucider, et qui fut surtout constitué à l’aide des résultats cliniques de l’opothérapie, est en réalité le plus difficile à délimiter. Ce n’est pas que son existence soit douteuse ni que ses éléments fassent défaut ; l’hypotension, la tachycardie, l’oligurie, l’asthénie, les sensations de chaleur et les sueurs profuses ont été assurément améliorées dans la plupart des cas par l’opothérapie hypophysaire ; et c’est surtout en raison de ce fait que Delille a cru pouvoir caractériser l’insuffisance hypophysaire par les troubles précédents. En fait et malgré que cette assertion soit peut-être contraire aux idées de Delille, nous croyons que beaucoup de ces troubles peuvent, dans certaines observations, se rapporter avec autant de ressemblance à des lésions d’autres glandes endocrines, en particulier aux paraganglions, au cortex surrénal, au corps thyroïde.
Faisons remarquer à ce propos que Delille à rangé parmi les troubles caractéristiques de l’hyperhypophysisme certains symptômes tels que la glycosurie, paraissant, d’après la physiologie expérimentale, se rapporter plutôt à l’hypopituitarisme.
I] n’est pas douteux cependant que ce syndrome d’insuffisance pituitaire aiguë ou subaiguë doive être un jour délimité ; mais ce sera après une longue phase de constatations isolées et d’investigations anatomo-cliniques ; actuellement, nous croyons pouvoir dire que ce syndrome n’est au’approximatif, alors que les deux premiers paraissent dès maintenant solidement constitués.