CONTAGION ET INOCULATION
Les théories microbiennes ne pouvaient manquer d'orienter certains observateurs vers l’origine parasitaire du cancer.
Les prétendus cas de contagion (Arnaudet, Fiessinger, Fabre, Brunon) sont des plus douteux. Gueillot aurait pu réunir 23 observations de cancer de la verge dù à des rapports avec des femmes ayant un cancer de l'utérus. Aucun fait semblable n’a été rapporté depuis chez l'homme. SRE
Plus importants sont les résultats d’inoculations, encore qu'ils demandent à être interprétés. Les uns ont essayé d'inoculer le cancer d’une espèce (homme généralement) à une autre (chien, rat, cobaye, etc.).
L'inoculation du suc cancéreux au chien échouait, dès 1773, dans les mains de Peyrilhe.
Langenbeck (1840) injecta du suc d’une tumeur de l’'humérus dans les veines de deux chiens, et obtint deux mois après des noyaux pulmonaires. |
Par la même voie, chez le chien, Follin et Lebert eurent en 15 Jours des granulations au foie, aux poumons, au cœur.
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Cohn arriva à des résultats semblables. De même Goujon chez le rat et le cobaye, Quinquaud chez le rat.
Klencke inocula un cancer mélanique dans la jugulaire d’un chien et produisit un cancer de la langue.
Francotte et de Richter (1892) insèrent du suc cancéreux sous la peau d’une souris blanche et voient se développer des lésions cancéreuses.
Firkett (1893) réalise chez des rats « des greffes sarcomateuses en séries ».
Toutes les expériences ci-dessus sont passibles de trois graves objections :
1° La nature histologique des tumeurs produites n’a pas été suffisamment élucidée. Peut-être s’agissait-il de nodules inflammatoires ;
2° À supposer que ces lésions soient bien néoplasiques, on à pu tomber sur des animaux spontanément cancéreux ;
3° En insérant sous la peau des fragments de tumeurs, et même en injectant des sucs obtenus par des moyens assez grossiers, on risque d'implanter des éléments (cellule cancéreuse ou groupe de cellules) capables de proliférer sur place, et l'on à réalisé une greffe, non une inoculation.
En effet Schwenninger (1881), Klebs (1890) constatent que les parcelles de tumeurs insérées sous la peau ou dans le péritoine peuvent vivre un certain temps, mais nese comportent jamais comme de vraies tumeurs, et finissent presque toujours par disparaître. Ê
Cazin (1894) n’a même jamais vu de greffe, mais seulement des adhérences : histologiquement, le tissu néoplasique commence à régresser dès que l’inoculation
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est faite. Les quelques nodules qu'il a vus parfois apparaître autour de ces greffes présentaient les caractères cellulaires de l’inflammation.
L'inoculation entre sujets de même espèce a été aussi tentée. Les tumeurs qui se généralisent par embolie sont évidemment susceptibles de se greffer chez le porteur. Le bistouri du chirurgien a quelquefois produit de ces expériences involontaires (Donitz) et Pierre Delbet recommande de ne jamais porter dans les parties saines la lame qui vient de pénétrer dans la tumeur elle-même.
On se serait donc passé des expériences de Hahn (1886), qui en enlevant un sein cancéreux inocula sous la peau de l’opérée un peu de néoplasme, et obtint en ce point une récidive.
Comme tentative sur l'homme sain, on connaît seulement celle qu'Alibert fit sur lui-même et sur quatre de ses amis, sans succès. ;
Chez l'animal, Hanau (1889), qui n’avait pu inoculer avec succès le cancer d’une espèce à l’autre, apporte à un congrès des inoculations de rat à rat dans la tunique vaginale : un rat sur deux eut des nodosités péritonéales et des adénopathies, dont l’histologie aurait vérifié la nature néoplasique. Rinne opposa ses résultats personnels, cinq cas négatifs sur cinq.
Enfin d’autres expérimentateurs, non contents de chercher à reproduire le cancer, ont voulu isoler le parasite causal :
Neisser l'attribua aux coccidies, parasites unicellulaires qui, dans le foie et les voies biliaires du lapin, édifient de véritables papillomes. Tout d’abord Virchow,
ie Malassez, Darier partagèrent cette manière de voir. Mais Borrel, par de consciencieuses observations, prouva que ces soi-disant protozoaires vus dans le cancer humain ne sont que des noyaux en division irrégulière ou des cellules incluses.
Jaboulay démontre que les coccidies proprement dites n'existent que dans le foie et dans l'intestin, et au voisinage mais non à l’intérieur des lésions prolifératives.
Quant aux amas cellulaires provoqués dans le foie du lapin par de véritables coccidies, ce sont des édifications dont la structure en apparence est voisine de certains néoplasmes, mais qui n'ont ni leur accroissement fatal ni leur aptitude à la généralisation.
On peut faire les mêmes objections au parasite avec formes en « yeux d'oiseau » de von Leyden et à la myxosporidie de Jaboulay.
Sous ce nom, ce dernier observateur à décrit, dans la thèse de Duroux et dans plusieurs articles de la Province Médicale, un sporozoaire spécial composé d’une amibe (masse protoplasmique) et de deux capsules polaires avec ou-sans filament, et se reproduisant par spores. Mais malgré le nombre et la qualité réelle des microphotographies qui accompagnent ces remarquables travaux, il faut bien reconnaître que toutes, plus ou moins prêtent encore à l’équivoque avec des formes cellulaires. Seules les préparations prises sur le barbeau répondent exactement à la description du parasite. Chez l'homme, certaines des formes attribuées à la myxosporidie ressemblent fort à des cellules nucléées. L'appoint d'une expérimentation solide manque à cette
ee théorie, car les expériences de Thélohan (inoculation et ingestion) n’ont pas donné de résultat.
Passibles des mêmes objections, les descriptions qu'ont données de ce parasite Sjôbring (1901) et Feinberg (1902) n’entrainent pas davantage la conviction. De même celles de Saul (1906.)
Bosc (1904) orienta ses recherches dans le même sens. Il groupa sous le nom de « maladies bryocytiques», une série d'affections «en apparence très dissemblables », le cancer et des maladies infectieuses, telles que variole, vaccine, clavelée. Pour lui, la clavelée donne des tumeurs ayant exactement la structure histologique de l'épithélioma, et « la filtration du virus elaveleux à travers certaines bougies n'infirme en rien la nature parasitaire » de ces formations. Il décrit notamment des « formes jeunes » constituées par une masse protoplasmique homogène, nucléée, « enfermée dans une large capsule hyaline ». Plus tard apparaît un karyosome susceptible de se diviser soit par karyokinèse, soit directement en deux ou plusieurs parties. Ici encore, pas une expérience reproduisant le cancer.
Plus retentissantes que les autres, du moins auprès du grand public, ont été les théories de Doyen. Celui-ci (1904) prétendit avoir isolé et cultivé un .microbe spécial, le micrococcus neoformans, et ces recherches ont eu l'approbation de Metchnikoff. Doyen cultive son M. neoformans sur bouillon de mamelle de vache, injecte cette culture dans le péritoine ou le tissu cellulaire de divers animaux, et produit des lésions variées, tantôt au point d'inoculation, tantôt à distance. Ces lésions affectent différentes structures his-
LE A6 = tologiques, mais sont de préférence constituées par des enchondromes, notamment dans le poumon. Ajoutons qu'à la Société anatomique (1905 )Cornil, Letulle et Brault ont contesté tout caractère néoplasique aux lésions montrées par Doyen. Les mêmes objections se sont reproduites contre toutes les assertions de Doyen et la spécificité de son microbe ne peut être affirmée. D'une pert, les tumeurs ainsi produites ressemblent moins au cancer qu'à des proliférations pseudo-néoplasiques, comme celles qu'édifient certaines coccidies. Quant au M. neoformans même, 1l à bien des caractères morphologiques communs avec le vulgaire staphylocoque.
Le caractère de spécificité que Doyen trouvait dans la réaction agglutinante n’a pas été vérifié par Marie. Celui-ci à vu la culture agglutinée constamment et indifféremment par du sérum de malades cancéreux ou non et même de sujets bien portants, ainsi que par des sérosités (pleurale, péritonéale, etc.) et par des sérums d'animaux (lapin, cobaye, chien, bœuf, mouton, porc).
. Nous devons donc admettre jusqu’à preuve du contraire que Doyen a cultivé un microbe probablement banal, hôte surajouté au cancer, et a exalté artificiellement sa virulence, en sorte que ce microbe, soit par lui-même, soit par ses sécrélions, réalise expérimentalement, jusqu'à un certain point, l'exubérance désordonnée de la prolifération cellulaire qui caractérise le cancer. Mais combien ces tumeurs, rapidement obtenues et toujours bénignes, incapables de généralisation, sont différentes des néoplasmes malins dont la marche lente et fatale, irrévocablement extensive et métastatique, est par définition le caractère principal !
ETC Une pièce présentée le 17 mars 1905, à la Société anatomique (rat M), consiste en une vague dissociation des travées hépatiques par des traînées conjonctives de cellules embryonnaires, chez un rat mort spontanément treize jours après l’inoculation.
Tout récemment (janvier 1907), Gaylor a présenté des préparations de cancer où l’on voit un spirochète un peu plus petit que celui de Schaudinn. Pareille constatation avait été faite plusieurs fois lorsqu'on discutait la spécificité de ce dernier parasite. Ce qui rend peutêtre un peu plus intéressante la découverte de Gaylor, c'est qu'elle se rapporte à des cancers produits par contagion chez des rats habitant une même cage.