ESSAIS DE TRAITEMENTS NON OPÉRATOIRES DU CANCER
Personne ne conteste plus la légitimité des interventions les plus audacieuses chez les cancéreux. On peut juger la question d’un mot en disant que chez ces malades on a tout à gagner, et rien à perdre. Il existe malheureusement un grand nombre de cas où la lésion a fait de tels progrès que tout espoir d’exérèse doit être abandonné, toute opération curative étant capable d'amener, par une sorte de coup de fouet, un redoublement de rapidité de la tumeur. Les méthodes palliatives elles-mêmes sont quelquefois contre-indiquées par l'état de faiblesse du sujet.
De multiples procédés de traitement s'offrent alors à nous. Nous les classerons, d’une façon plus commode que scientifique, en trois groupes : Médicaments, agents physiques et biologiques, sérums.
1° Médicaments. — Les substances les plus diverses ont été essayées contre les tumeurs malignes.
Le condurango proposé par Bliss aurait guéri entre les mains de Friedreich (1874) un cancer de l'estomac dont le diagnostic rétrospectif paraît bien douteux. Malgré les assertions favorables de Binz et Wilhelmy,
le condurango n’a plus aujourd'hui que la valeur symptomatique d’un amer légèrement toni-digestif.
Brissaud (1893) aurait obtenu, toujours dans le cancer de l'estomac, avec 8 à 16 gr. de chlorate de soude par jour, des guérisons qui semblent être seulement des améliorations.
La quinine(bichlorhydrate eningeslion, en injections, en pansements) fut proposée (1900) par M. Jaboulay, qui apportait trois cas d'amélioration et la considérait comme spécifique, sans doute à cause de la parenté morphologique entre le parasite supposé du cancer et lhémalozoaire de Laveran. Mais déjà M. Horand avait un cas d'échec, et depuis les améliorations constatées ne sont pas devenues définitives.
Ce même raisonnement par analogie conduisit M. Jaboulay à essayer contre le cancer une substance toxique pour le trypanosome, le trypanroth. Là encore les communications de Jaboulay et R. Horand (190%), puis de Schoull et Jullien (1906) ne montrent que des améliorations passagères, et le remède n’est pas sans danger.
Aussi incertaine, én raison de l'erreur possible de diagnostic, est la guérison d’un Iymphosarcome par Vnoukov (1904) au moyen d’injections d’ichtyol.
Le bleu de méthylène intus et extra, préconisé comme euralif par Mosetig-Moohrof (1894), n'a donné à Jacobi (1906) que des résultats palliatifs.
La trypsine, employée en injections par Bainbridge, Clarence Price, Donati (1907) semble donner seulement, comme histolytique, une diminution de volume. De même, la papaïne jadis tentée (1880) par Bouchut,
En NP
remise à la mode (1906) par W.et E. Branch, par Pujo.
Nous ne citerons que pour mémoire la macération de violette, utilisée en désespoir de cause par des médecins anglais sur la foi de véritables racontars, et les injechons de gélatine auxquelles Hauer (1907) devrait quelques succès, non encore contrôlés.
Quant au traitement paradoxal par l’iodure de polassium qu'a essayé Mikhaïlov, il s'explique par des phénomènes vaso-moteurs et n'est que purement palliatif (amélioration des symptômes de stricture ou de compression).
2° Agents physiques el biologiques. — Dans ce groupe nous trouvons une méthode essentiellement moderne de traiter le cancer, la radiothérapie.
Le premier succès fut celui de Despeignes, qui obtint dans un cancer de l’estomac une apparence de guéririson, passagère d’ailleurs, car le malade mourut ultérieurement.
Depuis, la méthode s’est généralisée el vulgarisée, et il n’est pas de néoplasie contre laquelle on n'ait essayé des rayons de Rœntgen. On s'accorde aujourd'hui d'une façon générale à les considérer comme indiqués dans les cancers superficiels, contre-indiqués dans les cancers profonds. On consultera avec fruit, à ce sujet, l'article de Béclère (25 janvier 1907) dans les Archives d'Électricité médicale.
Les cas qui paraissent le mieux influencés sont les cancroïdes des paupières, du front, du nez, tumeurs superficielles avec retentissement glanglionnaire nul, ou léger et presque toujours inflammatoire. Certains de
po ne ces cas cependant, dont l'étendue reste indéfiniment stationnaire, semblent correspondre aux no me tangere des anciens, et contre-indiquent même les rayons X. | |
Les cancroïdes de la lèvre guérissent encore quelquefois, mais moins sûrement que par l'intervention chirurgicale précoce ; en tout cas, l’adénopathie qui les accompagne exige une irradiation très intense.
Les cancers de la langue et du larynx sont absolument réfractaires.
Pour tous ces épithéliomas facilement accessibles, la différence des résultats prête à diverses manières de voir : Darier admet que les rayons X réussissent contre la forme pavimenteuse et échouent contre la forme cylindrique, mais Béclère tient compte seulement de l'intégrité de la face profonde du derme : une fois cette barrière franchie, la guérison est probable et la récidive plus douteuse. Leredde accuse dans les insuccès l’insuffisance de la dose, et Danlos l’exagération. Belot signale la possibilité d’un ulcère radiodermique succédant à un épithélioma guéri.
Dans le cancer du sein la guérison semble illusoire (Villard, Barjon), mais une pratique assez utile est l'usage préventif de l’irradiation après l'opération, sur la cicatrice, pour empêcher la récidive.
Dans les sarcomes peu malins, Kiembrock a obtenu des résultats d'autant meilleurs que la tumeur est plus superficielle. Chirivino a pu guérir complètement (en contrôlant par biopsie) une sarcomatose cutanée (1906). Imbert et Marquès (1906) ont eu également un succès contre un ostéosarcome.
ADR Se us At
Le radium a été utilisé contre l’épithélioma par Repmann (1904), puis Wickham et Degrais (1906). Les résultats sont entièrement superposables à ceux des rayons Rœntgen.
Le cas de Widmer (cancer du dos de la main, guéri par l’héliothérapie) est d’un diagnostic très douteux, car 1l pourrait très bien s'agir d'un lupus.
A côté de ces moyens physiques, nous devons dire un mot d'une méthode, aujourd’hui abandonnée, l’inoculation de principes pathogènes supposés antagonistes du cancer.
Il existe en effet six observations de sarcomes guéris (au moins en apparence et pendant quelque temps) par un érysipèle intercurrent (Répin). Cette infection semble beaucoup moins active contre l’épithélioma.
L'inoculation de l’érysipèle fut donc tentée chez les cancéreux par Ricord, sans succès. Fehleisen inocula la culture de streptocoque et eut quatre morts. Lassar inocula (1891) la toxine streptococcique stérilisée, Coley de la toxine de streptocoque mêlée à celle du micrococcus prodigiosus, toujours sans succès.
ILfaut donc chercher ailleurs que dans l’antagonisme, le remède risquant d’être pire que le mal, ou du moins plus rapide.
3 Sérums. — La première idée, venue aux chercheurs, à été de se comporter, pour le cancer, comme Behring et Roux pour la diphtérie, et de préparer un sérum vraiment spécifique.
Richet et Héricourt (1895), posant en principe, sans prétendre le connaître, la réalité du mierobe cancéri-