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Praxis est d'avis que « dans un congrès où se traitent les affaires des ouvriers, l’absence de ces derniers n’est pas un mal ». S'ils avaient été présents c’eût été une sorte de répétition du Congrès de Zurich, «les partisans de la protecüon du travail par la loi auraient eu alors vraisemblablement à livrer combat dans leur propre camp, tandis qu’à Bruxelles, leur force pouvait se tourner tout entière contre la masse réactionnaire des libéraux belges et français ».
Le libéralisme orthodoxe étaitreprésenté: pour la France, par MM. Yves Guyot, Jules Fleury, professeur à l’école libre des sciences politiques, et Raffalovich, conseiller d'Etat de Russie ; pour la Belgique, par Louis Strauss, d'Anvers.
Le camp des interventionnistes se composait:
pour la France, des professeurs Bourguin, de la Faculté de droit de Paris, Paul Pic, de la Faculté de droit de Lyon ; pour la Belgique, de M. Verhaegen, chef des démocrates catholiques gantois, du Père Castelein de l’université de Louvain, etde M. Varlez, avocat à Gand ; pour l'Allemagne, des professeurs Von Mayr,Bretanno Hitze, Schmoller et du baron de Berlepsch; pour l'Autriche, des professeurs Von Phillipovich, Herkner, Sombart et du docteur Wittelshôffer.
Plusieurs puissances, notamment la Belgique et ia France, avaient envoyé des délégués olficiels. L'Italie seule n’était représentée d'aucune
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façon. L'Amérique avait envoyé un membre de l'Office du travail de Washington.
Dans l’ensemble c'était, on le voit, un congrès
de professeurs.
M. Nyssens, ministre de l'Industrie et du Travail, expose dans son discours d'ouverture le but du Congrès : « Sans revendiquer, dit-il, le titre de continuateurs de la Conférence de Berlin, vous avez assumé la tâche de susciter de nouvelles études et de nouveaux efforts en vue de faciliter l'unification des législations protectrices des ouvriers ». Le Congrès a la sympathie du gouvernement belge qui veut préparer les lois sociales par des enquêtes sur la situation des ouvriers dans l’industrie. La méthode expérimentale est la seule qui puisse fournir la lumière.
M. le duc d'Ursel, président d'honneur, dit que l'harmonie entre producteurs et consommateurs doit remplacer leur antagonisme et que la faculté de production s’en accroîtra. « De ce tournoi essentiellement pacifique ne peuvent sortir ni vainqueurs ni vaincus ; mais il en sorüra des hommes mieux éclairés sur leurs devoirs et mieux armés pour les remplir. » Il expose ensuite l’œuvre du Congrès de Berlin et passe en revue les progrès accomplis depuis par les législations. C’est une progression toujours dans le même sens à laquelle il serait vain de
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vouloir résister. L’habileté des gouvernants est de mesurer leur coopération à l’œuvre de manière à produire pour la masse le plus grand bien possible. Mais les gouvernements seuls ne peuvent rien pour la solution du problème social, « leur action doit s’appuyer sur une évolution générale et populaire et être conforme à cette évolution ».
Il ne faut pas voir dans la réglementation du travail une atteinte à la liberté ; c’est au contraire une des conditions de la liberté. La liberté « simplement proclamée est un leurre pour tous ceux qui n’ont dans la vie mi la richesse, ni la puissance; réalisée dans toute la mesure compatible avec l’ordre elle devient l’un des grands progrès de l'humanité ».
1. La première question du programme portait sur les modifications subies par la législation protectrice de chaque pays depuis la Conférence de Berlin. Mais la discussion a dévié dès le début sur la légitimité de l’interventionnisme.
M. Strauss, qui déclare être un homme d’affaires et non pas un théoricien, reproche aux lois ouvrières d’avoir été faites sans enquêtes sérieuses et d’avoir fort peu amélioré le sort des ouvriers. On a voulu réglementer la production, la réduire et augmenter le bien-être de la classe ouvrière. Ce but est contradictoire, car en diminuant la production on élève le prix
des denrées. Il accuse ensuite la politique de propagande sociale de l'Allemagne de n’être pas désintéressée, ce qui soulève d’énergiques protestations dans le camp allemand.
M. Fleury, également libéral orthodoxe, déclare quele bonheur consiste àsavoir restreindre ses désirs. Il vante « le bonheur du chemineau qui n’a pas même une chemise à Jui ».
Enfin M. Yves Guyot, le champion français du libéralisme, demande ironiquement pourquoi on ne protège pas aussi les enfants des bourgeois contre le surmenage des collèges ?
Les réponses des interventionnistes pour être moins paradoxales n’en sont pas moins vives et frappantes. Retenons seulement ces quelques mots de M. Verhaegen qui sapent le principe même du libéralisme économique : La protection de l'Etat, dit-il, est nécessaire pour tout le monde, sinon on tomberait dans l'anarchie, «on traînerait les enfants dans les fabriques avant qu’ils sachent marcher ; personne ne serait sûr de rentrer chez soi, car il pourrait y rencontrer un plus fort que lui qui, au nom de la liberté, le mettrait dehors ».
2. Sur la deuxième question (/a protection des ouvriers mûles el adultes) c’est encore la discussion (du principe de l'intervention qui recommence ; seulement tout à l'heure chacun revendiquait comme sienne la liberté, maintenant chacun prétend avoir en sa faveur l’expérience.