‹ État actuel de la réglementation internationale du travailChapitre 3 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les répercussions lamentables qu'eût sur la classe laborieuse le rapide développement du machinisme au xix° siècle, rendirent nécessaires, dans tous les pays industriels, la création de lois ouvrières (1).

Le principe de la liberté iadividuelle économique, la théorie classique du laissez-faire retarda longtemps — en France surtout — l'intervention de l'Etat dans le contrat de travail. Pourtant le {éle à tête entre patron et ouvrier

(1) Villermé, Tableau de l’état physique el moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie; Paris, 1840.

R. Jay, La protection légale des travailleurs, Paris, 190%.

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suppose en présence deux volontés égales, libres et capables. Or, la capacité fait notoirement défaut à la femme et à l’enfant. Même dans le contrat de l’ouvrier adulte, la liberté, l'égalité sont des illusions d'optique en face du règlement d'atelier indiscutable et de la tour d'ivoire où s’enferme l’inaccessible patron.

Le syndicat lui-même sera impuissant à défendre ses membres, car au syndicat d'ouvriers, s’opposera le syndicat de patrons, combien plus puissant !

D'ailleurs, l’action syndicale ne s'exerce guère que par la lutte, une lutte aveugle où s’épuisent à la fois les forces capitalistes et les forces ouvrières trop souvent sans nul profit pour les unes ni pour les autres. Et puis, l'existence même du syndicat présuppose chez les ouvriers des loisirs, des ressources, un certain degré de bien-être ; dans les milieux où sévit le swealing-syslem, le régime de la sueur, les ouvriers ne peuvent arriver à se grouper.

Sur le terrain des principes, qui donc oserait soutenir jusqu’au bout la théorie du laissez-faire en matière économique ou sociale ? Il y a des éléments sociaux de la lutte économique que l'Etat se doit à lui-même de soustraire à la concurrence : les conditions de moralité, d’hygiène et de sécurité, par exemple — et l'intervention de l'Etat est ici d'autant plus nécessaire que l’ouvrier ignore souvent son propre intérêt.

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« L'Etat fait son devoir, disait L. Blanc, lorsqu'il intervient pour que la culture de l'âme et de l’espril, cette première condition de la liberté, devienne possible à tous les degrés de l'échelle sociale, lorsqu'il défend à l'enfant du pauvre un travail qui abaisse son intelligence, dégrade son corps et, faisant de lui le valet d’une machine, ne lui laisse le droit illusoire d’être libre qu'en lui enlevant le pouvoir de le devenir (1). »

Qui donc aujourd’hui oserait signer ces lignes d’Herbert Spencer dans sa défense de l’individualisme : « La pauvreté des incapables, la détresse des imprudents, l’élimination des paresseux et cette poussée des forts qui met de côté les faibles et qui en réduit un si grand nombre à la misère, sont les résultats nécessaires d'une loi générale, éclairée et bienfaisante ? » (2).

Des sentiments de solidarité humaine se sont élevés contre les prétendues lois naturelles inéluctables et, sans craindre de fausser les bases de la production, ils ont fait intervenir parmi les facteurs économiques un idéal de justice et de pitié. Cet idéal tendant à se réaliser est devenu l’une des forces les plus puissantes,

(1) Eugène Talon, Législation sur le travail des enfants dans les manufactures, Paris, 1875, p. 80.

(2) Herbert Spencer, L’individu contre l’Elat, Paris, 1888, p. 69.

Voyez aussi la réfutation de cet ouvrage à la suite du Socialisme contemporain d'Emile de Laveley, Paris, 1890, pages 375-113.

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