HISTORIQUE
L'ostéomyélite aiguë «de croissance », affection très
fréquente, a une histoire thérapeutique extrêmement variée. Très grave d’une part à la période aiguë comme maladie générale, et d'autre part, si l'issue n'a pas été fatale, par les délabrements qu'elle entraîne et les troubles fonctionnels qui en résultent, élle à fait l'objet au siècle passé et pendant ces dernières années de nombreuses discussions, sans qu'une règle thérapeutique définitive ait été posée.
Connue dès la plus haute antiquité, on la traitait comme la carie, la-nécrose, les humeurs des os dont on ne la distinguait pas, par abrasion, évidement, ruginalion, cautérisalion. Cette confusion dura jusqu’à une époque voisine de la nôtre.
En 1705, J.-L. Petit, dans son Trailé des maladies des 168, parle de tfrépanation dans les cas de suppuration
GALASE à UE
médullaire. Il n'est point question de résection, et cependant Duhamel avait déja publié à cette époque ses célèbres mémoires sur la formation de l'os par le périoste.
Ce fut Vigarous (1), de Montpellier, qui pour la première fois, en 1761, pratiqua la résection du tibia pour ostéomyélite aiguë de cet os, sur un soldat de 21 ans, du régiment de Gambis. Une première incision de l’abcès n'avait pas arrêté la marche des phénomènes infectieux. .. Au dix-huitième jour de la maladie « on commença, dit Vigarous, l’amputation à l'endroit de l'os qui était sain. On se servit du trépan dont on multiplia les couronnes jusqu’à ce que l'os fût scié en entier ». Le bout inférieur fut amputé dans la partie saine avec une scie fine, car l'os s'était rompu là où sa consistance avait été diminuée par la médullisation produite par l’ostéite.
Deux mois après, la régénération était parfaite et les deux os d'égale longueur. Cette observation est importante dans l’histoire des résections de lostéomyélite en général. En effet, il n'y a pas ici de séquestre mobile: on avait dû séparer les extrémités par le trépan ou la scie; ce n'est donc plus une simple séquestrotomie : comme la plupart des résections de l'antiquité. Néanmoins on ne parle pas dans cette observation du rôle du périoste dans la réfection de l'os, et Moreau père, qui peu de temps après suivit cet exemple, n’en fait pas mention. Bien plus, son fils, dans son essai « sur l'emploi de la résection des os » (1816), ne croit même pas à cette régénération possible. parle périoste.
Bientôt les expériences de Heine et de Flourens, suivies
(1) Œuvres de chirurgie pralique civile et militaire, de Bar-. thélemy Vigarous, publiées par son fils. Montpellier, 1812,
Ho :
des bee de Malgaigne (1834), vinrent rappeler aux
chirurgiens le rôle du périoste, et Putilité qu'on pourrait relirer de sa conservation dans les résections diaphysai-
res. Ces idées n'eure nt aucune influence sur la pratique générale. Et, en 1839, Morven Smith préconisait la trépa-
nation, comme le seul traitement rationnel de Fostéo-
myélite.
[l faut arriver à Larghi, de Vi (1845), pour trouver une opération méthodique basée sur la conservation régulière et intentionnelle du périoste entreprise as le but d'obtenir la régénération de l'os. | . Creuz-y-Manzo, de Grenade ; Meyer, de Wurtzhbourg, opéraient dans les mêmes conditions. |
C'est alors que Chassaïgnac, dans ses Mémoires à Ja Société de chirurgie (1854) et dans son Traité de la suppuration (1859), décrivit dans l’ostéomyélite deux affections disunctes : l’abcès sous-périostique, auquel convenait l’incision simple, et l'ostéomyélite proprement dite, qui nécessitait l’'amputation « faite aussitôt que le diaonostie est certain». [Il est curieux de signaler qu'à 50 ans de distance, celle conceplion anatomo-pathologique établie par Chassaignac et battue en brèche par les idées de Lannelongue, soit de nos jours la théorie la plus généralement admise. |
La thérapeutique hardie et trop exclusive de Chassaisnac fut longtemps admise par l’école de Strasbourg avec Schutzemberger et Bæœckel.
Cependant, quelques chirurgiens essayèrent de réagir, et, aux préceptes de Chassaignac, Holmes proposait un terme moyen dans les cas graves avec dénudation de l'os et nécrose en perspective, la résection. Dans The Lan-
cet du 31 mars 1866, il publie une observation de résec-
tion diaphysaire chez un enfant de 10 ans atteint d'ostéo-