‹ État civilChapitre 17 sur 88 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

bras de la poupée de son enfance devenue une petite personne voluptueuse.

Je m'aménageais une tannière derrière un paravent sous des chaises renversées. « Je vais jouer à me faire pleurer ». Je me retirais là avec mes armes, des châles, ma chienne.

L'amour c'est rechercher la solitude, c'est s'abandonner furieusement à soi-même, c'est s'enfermer dans une prison, jeter la clef à travers les barreaux. Alors la femme prise au piège simule avec de tendres raffinements de s'occuper de vous et, pour ne pas mourir d'ennui, quelquefois on se soucie d'elle, mais il y a des hommes qui ont péri sans avoir vu autre chose que deux petits miroirs, deux yeux où ils s'épiaient avec une curiosité éternelle.

Dans cette retraite tiède et obscure je jouais déjà avec les tourments de l'amour, ne soupçonnant pas plus qu'aujourd'hui l'amour même. Je sentais les souffrances et les désirs indéterminés. Je cédais au besoin de prendre quelqu'un à témoin, Mirza se prêtait admirablement à ce commerce aveugle. Ou bien elle me léchait les mains et croyait être ainsi attentive au secret appel de mon être. Sans méfiance, je me croyais alors efficacement

choyé. Ou bien s 'assoupissant elle était visitée par des soubresauts, et elle me figurait sans que je le susse celles qui soudain s'abîment dans les douloureuses délices, leurs profondes recherches métaphysiques. Ou bien elle ronflait doucement, c'était déjà leur façon gracieuse de digérer la sensation, la continue petite plainte à double entente.

Page 1