CHAPITRE V
tige du guerrier n'étant pas encore vulgarisé en millions d'exemplaires. Aussi allions-nous loin, lui allongeant ses sauces et ses maigres racontars sur les Sakhalaves, moi les enrichissant de tout le petit trésor de verroterie que j'ai amassé jusqu'à la guerre où il me fallut le troquer vaille que vaille contre l'austère richesse de la réalité. Joseph était parfois chargé de me promener. A Paris il m'emmenait dans les foires; à la campagne, à la chasse. Dans la villa, toujours nouvelle, toujours banale, que nous louions en Normandie, il hébergeait les chiens errants et ainsi recrutait une meute bizarre qui en septembre était l'attraction la plus effarante de nos chasses. Que de poules croquées. Mais que d'émotions, et quelle fierté de courir les champs aux côtés d'un aventurier. Ainsi j'ai longtemps connu la gloire emmêlée de ces misérables mensonges qui la font clinquante pour le plaisir et le supplice du vulgaire des hommes»