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CHAPITRE VI

rope avec Marbot, Coignet, Bourgogne, je ne pouvais pourtant m 'oublier pour toujours dans ces gentillesses, dans ces rêves matrimoniaux. On m'abonna au « Journal des Voyages ». Je repartis pour plusieurs années.

Les enfants ne sont pas de la même époque, de la même race, du même continent que les hommes. Ils vivent dans des âges révolus ou attendus. Compagnons farouchement tendres et dévoués. Ils sont audacieux, cruels, non point amoureux de la nature, mais ses maîtres. Armés par tous leur sens d'une puissante divination, ils parlent avec tout l'univers une langue mystique qu'ils oublient bientôt et ils habitent des terres vierges. Ils ont le corps souple et grêle des sauvages. Comme eux ils se laissent domestiquer, et comme eux ils meurent de la perte de leur liberté.

Il y a des hommes que les autres ont chargé de tromper l'appétit des enfants. Ils écrivent pour eux des histoires comme on jette aux lionceaux des beef steaks tout découpés. Ce sont des agents provocateurs qui les attirent dans le piège de l'imagination. La race inconnue, sans cesse oubliée des jeunes humains, ardente, sérieuse, impatiente, périt dans les rêvasseries.

J'ai vécu solitaire comme Robinson Crusoë. Ce beau mystère, celui de la solitude de notre planète parmi les astres, je l'ai vécu comme jamais je ne saurai le revivre par l'artifice de l'esprit. Avec mon chien et mon fusil caché, au fond d'un jardin, j'ai connu l'angoisse, le fond même de notre histoire humaine, que je n'ai retrouvée que dans un trou d'obus, sur la terre déserte, sous un firmament qui s'effondrait.

Mais est-ce que déjà je ne me souillais pas de mensonge ? est-ce que je ne savais pas que tout cela n'était pas vrai ?

Le royaume des enfants est celui de l'action, du réel. Si on les laissait, ils vivraient une vraie vie, où la pensée et le geste ne seraient qu'un, où le désir deviendrait sans tarder un mouvement vers son objet, où la sensation ne serait pas rognée de son réflexe.

Ce n'est qu'à ce prix que les héros de Boussenard, de Paul d'Ivoi, consentaient à vivre. « Le Gamin de Paris », Friquet, qui ne mourra qu'avec moi n'était pas resté à la maison comme je le faisais avec une honte dont la consciente inefficacité me corrompait. Aussitôt qu'il avait désiré les pays exotiques, il y était parti,

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