CHAPITRE VII
mes se pencher avec amour et sans crainte sur la passion étrange qui anime un moteur. De quelle étoile nouvelle, bien éloignée de celle d'où viennent nos âmes, accourt l'âme qui étouffe d'ardeur dans les cylindres?
Je souffre de ce qui meurt autour de moi, mon sentiment me retient encore attaché à une forme ancienne de la vie que j'ai manqué croire éternelle, et déjà dans mon enfance je pâtissais d'une certaine pénurie. Cette anecdote en témoigne, où a subsisté un de ces chagrins d'enfant, profonds, perspicaces et à jamais inconnus.
Un jour, petit enfant, je passais devant une vitrine où j'aperçus l'armoire de ma chambre, mon armoire. D'abord j'en fus heureux, sûr que ce ne pouvait être que la mienne et je m'émerveillai de la voir brusquement transportée sous mes yeux. Je crus à un coup de baguette magique. Mais on me dit que ce n'était pas la mienne, que c'était une autre qui était pareille, que je n'avais pas le droit d'y toucher, que je retrouverais la mienne chez moi. Je ne comprenais pas, je ressentais une confuse inquiétude qui me gênait et me faisait pleurer. Chez moi dans ma chambre je contemplais avec angoisse cet objet qui, avais-je
cru, m'était attaché fidèlement et que je craignais maintenant de voir disparaître soudain pour se retrouver sous la main d'un autre enfant. Je m'en écartais avec méfiance.
Mais je ne souffrais guère de cette féroce abstraction de ma vie et ce n'est que maintenant que je ressens le vide qui a creusé mon enfance.
Il s'est trouvé que peu de temps après ma naissance mes grands parents vendirent leur maison de campagne. En sorte que mes étés se sont passés dans des villas qui sont ouvertes à tout venant et ne connaissent que la vie anormale d'une saison. Nous tombions sur tel paysage selon des convenances découvertes dans un indicateur de chemins de fer. Il ne fallait pas s'écarter d'une certaine distance du bureau de mon grand-père, et trouver un village suffisamment truqué pour la satisfaction des citadins.
La campagne, je l'attendais avec patience toute l'année à Paris mais je la quittais avec un regret déchirant. Au moment du départ, j'enjambais les valises pour courir au fond du jardin de rencontre qui m'avait abrité pendant deux mois et je pleurais furtivement.