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CHAPITRE VII

savais pas lever les yeux. Mais j'étais un petit d'homme, aimant déjà tenacement notre planète. Mes dieux avaient la taille minuscule des images où je les découvrais, tout au plus la taille de mon père. C'étaient des dieux terrestres en chair et en os. C'était les meilleurs, les plus aimables des hommes que je connaissais : Napoléon, St-Jean, St- Joseph, le Bon Dieu barbu.

On m'aurait alors demandé: « Qu'est-ce que le monde .'' » certes je ne serais pas resté pantois, et je n'aurais pas été effleuré par l'angoisse de ne pouvoir répondre 011 me jetterait aujourd'hui une telle question, mais j'aurais récité, avec une ardeur passionnée, le soir. « C'est un champ de bataille 011 à vingt ans, à la tête de mes marsouins, je chargerai les Anglais pour venger Napoléon ». Telle était ma vision du monde, un attrape-nigauds rudimentaire et bariolé comme une panoplie d'enfant.

Tel j'étais à l'heure de la lampe, mais le matin à mon réveil, dans mon lit tiède, mon premier coup d'oeil sur la journée était moins arrogant. Mille petits soucis m'aiguillonnaient. L'institutrice allait paraître avec son lorgnon. Elle me mépriserait de ne pas la comprendre. Or je ne

la comprendrais sûrement pas. Je commençais à sentir l'exigence de la société peser sur moi. Cette laide fille s'était introduite dans le cercle indulgent de ma famille et me demandait des comptes avec un regard vitreux.

Et ma famille complotait avec cette intruse. Le sauvageon sensible et farouche qu'elle avait fait de moi, en couvant ma solitude, elle le jeta brusquement dehors.

A d'autres. Voici le collège, avant le régiment, le métier. Adieu la famille avant de retrouver, vingt ans après, le ménage. On n'en sort pas.

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