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CHAPITRE I

répondre à une question était un supplice. Je n'avais pas de camarades. On m'ignorait. Je dissimulais mon corps sous une porte ou parmi quelques enfants qui étaient nouveaux- venus, encore liés par les tendres pratiques de leur famille.

En dépit des courbatures que l'angoisse infligeait à mon esprit, il avait une lucidité intermittente. Je revenais sans cesse à quelques sentiments fixes. Très bas sous les yeux de mon professeur j 'amassais contre lui une haine douloureuse. Je me réfugiais dans la robe de l'aumônier comme dans celle de ma mère. Je détestais un Mexicain de quatre ans plus âgé que nous qui menait la classe avec brutalité. J'admirais tendrement son favori, un créole joli et pétulant encore plus tyrannique que le tyran.

J'aurais voulu me coucher devant ces deuxlà et ceux qui les suivaient mais je n'osais les approcher. Une complicité me retenait près des poltrons et des fainéants. Je n'étais pas paresseux, j'étais stupide. Il me semblait que je ne reviendrais jamais de mon étonnement.

Je ne connaissais pas les coutumes. Je m'en tenais aux principes que je me représentais

sous la figure la plus simple et la plus frustre. Au réfectoire le Mexicain lâcha un gros mot dont l'énormité provoqua l'émerveillement et l'épouvante de mes camarades et mon indignation. Soudain je fus soulevé par la force, je m'érigeai responsable, le silence impossible fut rompu. Je me levai et solennellement j'allai me planter devant le pion. J'étais bouleversé, je fus maladroit. « Monsieur Santiago a dit... » Le bonhomme fut avant tout scandalisé de la crudité de mon rapport. Il me rabroua, puis punit Santiago qui niait effrontément, soutenu par tous les siens. J'étais ahuri de leur audace, je le fus bien plus des conséquences de mon acte. A peine fûmes-nous dans la cour que la clameur me voua à un nombre infini de coups de «cache-nez tressé». On attendit deux jours pour exécuter à loisir la loi de Lynch. Je fus saisi dans un coin et roué, trépigné.

J'étais écrasé par l'unanimité de la réprobation. C'est que pour défendre une vertu je n'avais pu faire autrement que d'insulter à une autre et j'avais ignoré la solidarité qui protège les hommes contre les lois.

Ma mère m'avait acheté un cache-nez rouge. La couleur m'avait ravi et j'en étais fier. J'ar-

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