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CHAPITRE II

longs. Les villes sont des campements où règne une discipline qui casse bras et jambes. A I h. 1/4 après le déjeuner c'était le moment où la journée s'entr 'ouvrait. Pendant trois quarts d'heure nous pouvions nous démener. A trois heures moins le quart, nous avions encore cinq ou dix minutes. A quatre heures et demie, je rentrais chez moi et restais enfermé jusqu'au lendemain matin.

Les récréations étaient pour moi de bienheureuses divagations. Je me jetais avec rage dans l'oubli et la négation du reste du temps. Je courais, je hurlais, je m'agitais en forcené. J'interpellais mes camarades sans raison, pour le plaisir de prononcer leur nom. Je me jetais sur eux en riant et les bousculais pour sentir leur présence. Je tâtais avec plaisir l'ardeur de ma figure. Je répétais des mots grossiers. Mais je voulais que tout le monde prît part à ma joie; je ne pouvais m'en contenter seul, et elle me paraissait insuffisante si elle ne se grossissait pas de celle des autres.

Aussitôt à midi un quart, que nous étions lâchés, je me jetais sur les enfants. Il ne fallait pas perdre une minute. Je faisais désigner un autre chef avec qui je partageais les camps.

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Par des plaisanteries, des cajoleries ou des insultes, je les obligeais à accepter nos choix, mon choix.

Les inimitiés, les complaisances se déclaraient avec la brutalité de l'enfance. On intrigait autour de moi. Tantôt je m'exaltais, je me détachais de tout parti, et je choisissais d'abord les plus forts et les plus habiles, pour rendre hommage à ce que je leur enviais, ensuite les plus faibles parce qu'il y en avait parmi eux qui étaient les plus dévoués et pour m 'épargner le malaise de les voir souffrir. Je m'en réservais même un ou deux qui étaient lâches et méprisés de tous, afin de satisfaire une secrète curiosité et d'user ma générosité.

D'autres fois, je m'abandonnais aux influences. Je préférais ceux qui me plaisaient dans le moment, sans savoir s'ils me seraient utiles pour vaincre ou s'ils m'aimaient, ne me souciant pas des raisons de ma faveur. Alors je sentais ma liberté. Et je faisais tête avec empresment aux mécontents pour qui le jeu était comme pour moi de faire jouer les autres. Ils s'en allaient bouder dans un coin de la cour. Je leur jetais un semblant de mépris, mais je n'ai jamais pu attendre la fin de la récréation sans

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