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CHAPITRE II

m'approcher d'eux et m'en faire aimer à nouveau.

Enfin après une discussion qui dévorait dix minutes, soudain nous poussions un grand cri et chaque camp s'élançait vers un bout de la cour. Le jeu commençait. J'exultais de bonheur.

Pourtant j'étais maladroit et faible. Mais pour mener les jeux, étouffer les disputes qui les interrompaient sans cesse, la ruse pouvait suffire à moins que je ne m'en lassasse. Parfois la furie me tenait lieu de force. Elle parvenait rarement du reste à m'arracher entièrement à moi-même. Je me mettais devant un fort, au moment où il arrivait sur moi, je fléchissais et je me dérobais pour ne pas être renversé, me sentant léger, impondérable devant la rigueur de son choc. Et quand je me surprenais un instant après les bras encore tendus, vain, ridicule, menteur, je souffrais de n'avoir pu que carricaturer le geste fier que j'avais rêvé.

Voici le mieux qui pouvait m'arriver: sentant mes muscles se relâcher, je crispais une posture d'énergie pour rester sur place, plier et rouler dans les jambes de l'ennemi qui passait

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sur moi comme un héros. Presque toujours mon imagination jamais découragée réparait ces malheurs. J'étais encore par terre que je me figurais déjà plus heureux dans l'occasion suivante. Et échauffé par mon prochain succès, je commentais mon échec avec une bonne humeur qui entretenait les indulgentes dispositions de mes partenaires. M 'étant vingt fois gaillardement tiré d'affaires ridiculesj 'y gagnais beaucoup d'assurance. Je ne craignais rien en esprit.

Pourtant ces nuances de la valeur n'échappent jamais aux yeux des enfants. Je ne cherchais pas à dissimuler ma faiblesse.

Je ne m'étais jamais battu. Je n'avais jamais prouvé la supériorité de mon poing.

Mais les hommes se soumettent volontiers à l'esprit, à tous ses simulacres, à la ruse. J'avais toujours à la bouche des exhortations ardentes. J'avais la passion du bien public : je voulais voir autour de moi tous les êtres vivre dans une harmonie dont mon âme fût satisfaite. J'étais exalté par l'éloquence des prêtres. J'adorais, je désirais furieusement l'image de bonheur qu'ils peignaient sous le nom de vertu. Je jurais de ne pas me priver de telles joies. Pour

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