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CHAPITRE II

m'en faciliter Taccès, j'exigeais des autres qu'ils se rangeassent en ordre. Je les gourmandais, je les caressais. J'étais autour d'eux entre eux, devant eux, je les entraînais dans la voie où je voyais le paradis.

Certains bouillonnaient comme moi. Nous nous heurtions indirectement dans le tumulte, par les groupes que nous manœuvrions. La masse se divisait, oscillait entre nous. Mais je savais me persuader d'amour pour les autres afin qu'ils m'aimassent. Plein de mon désir, de moi-même j 'aimais dans les autres des amoureux de ma personne. Je me jetais irrésistiblement à la tête de chacun. Je me sentais capable d'aimer différemment vingt compagnons pour en être chéri de vingt façons. Enfin grossi de toute ma troupe, je faisais peur à quelques récalcitrants. C'est ainsi que ma gloire coexistait à ma faiblesse.

Je me serais jugé entièrement maître de la situation sans un petit groupe qui ne prenait pas part à mon jeu. Ils me gênaient et m'excitaient bien plus par leur indépendance et leur hostilité que les autres par leur facilité à suivre n'importe qui. L'existence de ceux-là me troublait. J'éprouvais, en pensant à eux, de

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la colère, de la peur, l'impression qu'ils mettaient en danger quelque chose qui m'était cher, la légitimité de notre joie. Je songeais à la nécessité d'anéantir leur influence sur les autres, sur moi.

C'était deux bons élèves qui restaient toujours dans un coin de la cour, ils méprisaient le jeu. Ils marchaient de long en large les mains derrière le dos, parlant sagement des devoirs, se racontant des histoires, satisfaits quand l'heure de rentrer à l'étude sonnait. Ils portaient des croix. On les sentait paisiblement maîtres d'eux-mêmes. De leur coin ils nous regardaient gesticuler, nous empoigner, nous renverser; ils entendaient nos hurlements incessants. Notre folie, notre sottise, notre vulgarité leur paraissait évidente. Et ils soignaient de plus en plus leur attitude, choisissaient leurs mots, saluaient les pions avec qui ils étaient d'accord pour nous condamner.

En dépit de mon furieux abandon au jeu, j'étais sensible à chaque minute à ce jugement. Je ne le trouvais pas injuste. La passion que j'ai, pour moi-même n'étais pas assez généreuse pour me faire prendre parti pour n'importe quel de mes personnages contre

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