‹ État civilChapitre 52 sur 88 · CHAPITRE II III · texte numérisé non relu

CHAPITRE II III

n'importe qui. Mes amis et mes ennemis ont toujours trouvé quelqu'un en moi prêt à me trahir.

Je devinais que le drame secret de ma faiblesse était percé à jour. On voyait que mes efforts ne composaient qu'une parodie de la force. Et mes camarades étaient grossiers, injustes, absurdes. Sans cesse le jeu était rompu par des disputes où le mensonge effronté, l'insulte et le coup de poing allaient leur train. Mais jamais nous ne nous battions car le pion accourait et nous séparait comme une vieille demoiselle empêche son chien de faire l'amour. Il résultait de cette impossibilité d'en venir aux coups des habitudes de vantardise, le verbalisme, un énervement de notre honnêteté.

Je sentais tous ces inconvénients. Mais souvent j'étais heureux que mes tentatives pour les corriger ajoutassent encore à la confusion et à la divine imperfection des choses. Alors je me jetais sur ces sages et je les exhortais à se joindre à nous. Mais la vivacité me rendait maladroit. Mes raisonnements, mes transports d'amoureuse persuasion se coupaient des plus blessantes invectives.

Deux ou trois comparses se joignaient à nos

deux saints et les singeaient. Un jour j'abandonnai brusquement la partie de barres pour courir vers Tun d'eux et lui intimer ma conviction que j'étais dans le vrai et lui dans le faux. Je tombai sur lui avec tant d'entrain que ce grand dadais, dont du reste les mœurs se sont gâtées plus tard, s'étala de tout son long. Je le relevai en riant et comme les petits philosophes me sermonnaient aigrement, je voulus à moitié riant, à moitié interloqué leur expliquer que j'avais à peine effleuré ce mannequin branlant. Me retournant vers lui, pour me justifier je simulai le geste dont la légèreté avait eu raison de son équilibre, et voilà de nouveau le bonhomme par terre. Sa rechute me décida à rire à outrance et de sa mine piteuse et de la rage de mes contempteurs.

Cet incident marqua un nouveau pas dans nos rapports. La passion se déclara de part et d'autre. Personne ne se contint plus. L'un des deux péripatéticiens fut jeté par sa haine contre moi hors de ses habitudes. Il quitta le coin de la cour qu'il s'était approprié et où on ne se risquait à le déranger que quand j 'y entraînais un groupe. Il se répandit parmi ceux qui étaient le moins soumis à mon influence. Il

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