‹ État civilChapitre 59 sur 88 · ICI COMMENCE UNE AUTRE HISTOIRE · texte numérisé non relu

ICI COMMENCE UNE AUTRE HISTOIRE

Vers douze ans j'entrai dans le monde intermédiaire de la puberté. Période longue, hasardeuse, inexorable.

Auparavant il y avait eu des incidents bizarres qui émergent incompréhensibles du néant. Opprimé par la solitude, c'était pour moi un délice comme pour nul autre d'avoir des camarades, d'être avec mes semblables, de rire, de parler à tort et à travers. Mais je ne me satisfaisais pas de ces effusions. Des enfants aimaient à se distinguer des autres. Ils formaient des groupes aussi étroits que possible, ou ils allaient deux par deux. Ils se donnaient du prix au regard des autres en marquant qu'ils ne pouvaient se satisfaire de n'importe qui, mais qu'ils suffisaient à celui-là qui leur paraissait le meilleur ou le plus agréable. Le commerce de deux égoïstes est le régime le plus clément à leur passion. Ils s'enferment

dans une serre chaude où chacun cultive ce qui n'est pas l'autre et ils poussent leur différence aux plus étranges nuances. Du reste il faut bientôt s'en aller de ce lieu clos car l'atmosphère tiédit insidieusement et à l'action exaltante du contraste succèdent les périls médiocres de la promiscuité.

Je fus émerveillé par la découverte de ces liaisons féroces qui n'ont que par instants quelque chose de commun avec l'amitié, échange de charité patient, minutieux, subtil, désespéré.

Je me déversais d'un seul coup dans mon camarade et je l 'écoutais avidement parce que chacune de ces confidences était un terme de comparaison avec ce que je faisais, disais, pensais. Mais ces dons plus déterminés ne me suffisaient pas encore.

Décidément ma vie était plus large que moimême. Elle chantait, se réjouissait, se louait dans les autres. Je passais alternacivement de l'un à tous et de tous à un autre. J'étais brusque, un élan vaste m'emportait hors de moi.

C'était un garçon avec qui je n'étais pas lié.

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