CHAPITRE IV
Je le dédaignais à cause de la médiocrité de son intelligence et de sa laideur. Nous sommes restés les meilleurs camarades du monde. Il a fait bravement la guerre. Il est mari, père. C'est le plus normal des bourgeois.
J'avais dix ans. Mon imagination était entièrement candide. C'était le moment de cette haute perfection qui m 'élevait au-dessus de tous les enfants. Lui et moi nous sortions de la classe un peu avant les autres parce que nous prenions l'omnibus du collège qui nous ramenait chez nous.
Comment nous sommes-nous mis cela en tête? Je ne me rappelle plus les circonstances. En tous cas cela ne correspondait à rien dans mon esprit vide de toute image de ce genre, ni dans ma sensibilité nullement éveillée.
Le fait est que nous entrions tous les deux dans le même endroit et que, tout en accomplissant chacun de notre côté le geste le plus naturel du monde, nous constations par les yeux comme une merveille que cela sur quoi on nous avait appris à faire mystère était indentique chez l'un et l'autre. Nous savions que s'enfermer ainsi et se regarder était défendu, honteux et ceci nous donnait une angoisse
agréable. Cet incident n'est curieux que par le mystère de sa cause immédiate. En soi parfaitement insignifiant, il finit comme il avait commencé. Unbeaujournous n'y pensâmes plus.
Je jouais trop rarement avec mes cousines pour me familiariser avec elles. Faute de filles, à cause de ma vie solitaire hors du collège, je ne connaissais que mes camarades. J'avais des préférences de plus en plus marquées. Quand on sent peut-être fortement mais grossièrement on confond dans l'attirance ou la répugnance les traits de l'âme et ceux du corps.
La même poussée qui me faisait vaincre chacun par ma vertu soulevait aussi mon corps. Je sentais une lourde tendresse pour tous ceux qui m'entouraient. J'avais inventé un jeu. J'étais un ranchman entouré de ses cowboys et j'enlevais une jeune fille. C'était un garçon robuste, sot et criblé de taches de rousseur. Je le choyais et commettais à cause de lui mille injustices. J'en rêvais et j'aimais le saisir au cours des batailles.
L'absence de la femme me tourmentait dès lors. Je frissonnais au contact de tout être. La timidité devait me faire attendre huit ans. A