CHAPITRE IV
ce moment où j'étais tout à fait innocent, l'éveil de mes sens était si obscur que je m'égarais. Est-ce que je ne vois pas encore le sourire parfaitement naïf de ce vieux prêtre alsacien à cheveux blancs qui me voyait embrasser dans un couloir où nous passions en rang le garçon qui marchait devant moi ? Ce sourire pourtant anodin me gêna et me déplut.
J'aurais rencontré alors un enfant contaminé, sans doute j 'aurais pris de louches habitudes. J'étais désarmé par mon ignorance. Cela est vrai si le vice n'est parfois qu'un accident.
Tout cela se calma pendant un temps et quand mon imagination à son tour commença de s'éveiller, quand je me livrai à des actes audacieux, ce fut avec un esprit très animé par la curiosité mais mon corps même était moins agité qu'auparavant.
Du jour où je connus la différence des sexes, toute tendance à me tromper se dissipa et c'est en désirant précisément la femme que je me livrais à de mesquins et superficiels dévergondages avec mes camarades qui sentaient d'ailleurs comme moi. Le sentiment du danger que nous donnaient ces frasques perpétrées en
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classe sous le nez du professeur, le goût de la rébellion qui était furieux chez nous tous, l'emportaient beaucoup sur le trouble sexuel. Dès le moment où la femme entre dans ma vie et occupa mon imagination, tout fut bouleversé. Je m'écartais des bons élèves, des quelques garçons qui restaient paisibles, réguliers, sans inquiétude. J'étais attiré par les plus mauvais, par ceux qui s'abandonnaient au plus bas d'eux-même, à tous leurs penchants. Au milieu d'eux je savourais une jouissance neuve et dont je n'eus d'abord jamais de trop. C'était une complicité chaleureuse contre tout ce qui nous gênait. Le secret fortifiait tout ce que nous faisions et disions. Dans les coins de la cour, nous tenions des conciliabules où se concentrait la fureur. Aux histoires chuchotées, aux renseignements hâtivement répandus, tirés du dictionnaire, de brochures infâmes ou des chefs-d'œuvre prohibés, se mêlaient de brusques éclats de rire. Nous ne voulions plus bientôt nous contenir et nous nous ébrouions dans un torrent de plaisanteries, de saletés que nous faisions aussi grosses que possible. Le soir, en sortant du collège nous nous attardions dans les rues, fumant, nous émous-