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CHAPITRE IV

tillant devant les affiches, pistant les femmes. Nous étions bêtes comme la nature. Je n'ai pas été différent des autres. Je me roulais dans notre chaude communauté. Certes je connaissais le dégoût qui m'écartait soudain de cette clique pour deux ou trois jours. Je me rejetais dans un excès de mutisme et de mélancolie qui paraissait aussi répréhensible à mes maîtres que mes débraillements. Mais bientôt je ne pouvais résister à l'appel de mes copains et je redevenais d'une minute à l'autre le plus séditieux de la bande.

J'ai vécu de douze à quinze ans, graveleux, braillard, ricaneur et révolté. Nous étions possédés par l'esprit de subversion. Nous méprisions et haïssions les gens âgés. Nous étions aveugles et violents. Nous ne songions qu'à l'émeute. La classe, sauf quand elle était tenue par un maître énergique, était continuellement interrompue par des facéties, des lazzi, des bruits bizarres. Et puis soudain c'était des frottements de pied, des trépignements, un hourvari.

Je jouissais violemment de ces soulèvements qui me donnaient une impression de force commune, de déchaînement irrésistible. Je ne

pouvais résister, un instant, à la lascivité qui m'assaillait de tous côtés. Et j'étais possédé du désir d'aller plus loin que les autres et de sentir mieux leur puissance en la voyant s'anéantir dans la mienne par l'admiration.

Cela se terminait par d'écrasantes punitions et je passais jeudis et dimanches en retenue. A cette liberté dispensée à tous à jour fixe, je préférais le sentiment entier et perpétuel de licence intérieure que j'obtenais en ne retenant aucun de mes mots, aucun de mes gestes. Quand j 'avais insulté un pion on pouvait bien m'empêcher d'aller au music-hall convoiter les femmes ou au terrain de football admirer les hommes qui y figurent la charge, l'assaut, j'avais assouvi déjà tout l'animal.

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