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RENCONTRE DE L EPOQUE

Dans un amphithéâtre nu, propre et laid comme une office, je m'asseyais parfois en face des professeurs. Ils représentent la vie au moyen de signes. Ils ne risquent pas de se tromper car la vie asservie se continue selon leur notation et ne la trahit que de loin en loin.

Je n'attendais rien de ceux qui étaient de mon côté. Une réunion de jeunes gens, n'estce pas un spectacle ignoble quand ils ne se sauvent pas de la médiocrité inévitable par la force des muscles } On ignorait encore en France que la sottise peut prendre une figure supportable, peut-être aimable, celle de la santé.

Ils sont là abandonnés aux machinations des vieillards qui exterminent leur enfance. C'est l'époque où une sève de parc urbain monte dans leurs veines, où ils se gavent de la certitude de leurs aînés. Ils renient d'un air

entendu leurs serments de la douzième année. Rien à craindre. Ils s'en tiendront à cette première trahison. D'écoliers ils deviendront commerçants, socialistes, écrivains.

J'aurais dû regarder tranquillement cet aspect de la Nature. Mais je souffrais là comme dans mon lit ou dans la rue, de ma faiblesse. Injustement je m'en prenais à cette assemblée de sages adolescents de mes insuffisances.

Pourtant vers seize ans, j'étais parvenu à abattre l'émeute de mes forces animales. D'un horizon se propageait une résignation lâche à l'inassouvissement de mes désirs. Mon imagination fourbue cessait d'enfanter les chimères sentimentales, les utopies sensuelles. Je me détournais de l'abîme qui me séparait du monde des femmes. Alors à l'autre horizon mes forces ressurgissaient, à nouveau recrutées pour une autre cause, et promptement déployées sous d'autres étendards. J'ai vu avec une émotion grave s'avancer vers moi mes résolutions neuves, si soudainement vigoureuses et qui enfin marquées du signe de la victoire renversaient tout de mes habitudes vieillies. Mon âme décidée et implacable comme une

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