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CHAPITRE I

Ne voulais-je pas hier être maître, maître de tout.

Alors pas un instant à perdre: il faut bondir sur la berge hors de ce courant où se confondent la vie et la mort. J'ai foi dans la profondeur du présent. Les minutes sont plus longues pour les uns que pour les autres. Qu'est-ce que l'éternité .'' une minute excessivement intense.

Eh bien! je saute. Là, c'est fait. Je veux dire que je me vois sauter. L'image me donne du plaisir, je m'y attarde, pas besoin de l'acte.

Pourquoi ne pas continuer à faire la planche, tout en augmentant mon état voluptueux de ce songe que je suis perpendiculaire à nouveau, parallèle aux hommes et que je fais fureur parmi eux.

Non! tout de même je ne vais pas moisir encore dans ce puits de mon âme. Non, j'ai horreur de moi. Ce que je veux, ce n'est pas moi, c'est le monde. Je veux toucher les choses. Je veux que ma gloire soit une foule qui sue, ma beauté une femme qui se saoule de sa jouissance, mon génie un livre que tiennent à l'envers cent mille mains anonymes. Rien ne peut me donner le bonheur que l'imparfaite

réalité; à cause de son imperfection même. C'est par ce défaut, par cette brèche que j'entre dans mon bonheur.

Je n'ai jamais connu de révolte contre l'ordre-actuel des choses. J'en ai souffert. J'ai gardé pendant quelques temps des désirs inassouvis ; j'ai vu agoniser mes compagnons, les meilleurs jeunes hommes, beaux corps, grands esprits. Pendant des mois je me suis trouvé dans la situation inférieure du peuple écrasé sous un monde parfaitement agencé de conditions défavorables, sous une haute hiérarchie qui s'étagehors de vue. J'ai continué d'ignorer la rébellion intime, le soulèvement de l'être personnel contre la tyrannie du monde. Tout au plus, je pensais que c'était dans le jeu de me dérober par mes propres moyens à certaines rigueurs. Mais je n'ai jamais songé à des protestations verbales et chez les autres elles me répugnaient. Je n'ai pas connu cette petite tempête romantique qui est traditionnelle chez les adolescents. Ai-je vraiment cessé pendant quelques années de croire en Dieu ? Peut-on douter de Dieu et non de l'ordre ? Somme toute, je n'ai jamais douté de Dieu, de la vie, du bien excessif qu'on en peut retirer. J'ai douté

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