CHAPITRE I
les usines du monde, qui circule monotone sur les rails célestes et qui, absurde, s'effondre partout, comme les banques le jour d'un Krack. Assez de cette folie des races qui, cachées derrière les horizons, trichent et font appel sournoisement à la haine des hommes latente dans le cosmos.
Cela devait finir comme ça: à force de balancer des tonnes de fer, les hommes se les sont balancées sur la tête.
Moi maintenant je veux voir la douleur, la mort, sous une figure humaine et qu'elle me saisisse à bout de bras.
Voici ce que j'écris maintenant car, à chaque page de ce livre, ma vie présente qui m'est si chère et qui presse si fort contre les parois de mon être, reflue sur mes splendeurs passées.
Mais à dix-huit ans tout était autre. J'acceptais notre époque en vrac, sans crainte et sans prudence. Tout m'était bon. Tout m'est encore bon. Mais voici comment: par exemple pour mes amis: j'ai toujours les mêmes, les bons et les mauvais, les sévères et les veules. Je les brûlais tous au creuset de ma ferveur et de mon égoïsme. Depuis quelque temps je les sépare. Je m'écarte des meilleurs, je respecte
leur personnalité. La vie impose d'affreuses mutilations. Les autres je les mets dans ma poche, avec mon poing par dessus.
Donc toutes les forces du monde étaient une seule effusion. Je me prenais amoureusement à toutes les apparences: je restais ébahi devant les grues, les canons, les moignons de cuir des boxeurs.
La vie bardait dans le monde anglo-saxon, sur les terrains de sport ; dans le monde germanique, dans les casernes (ce pas de l'oie que j'admirais si allègre dans les villes allemandes) ; dans le monde slave au rut obscur.
Mais chez moi, chez nous, malheur. Je vivais dans une inquiétude, une insatisfaction de chaque minute. Je ne peux pas dire que j 'ai ignoré la langueur. Dans mon sang se préparaient sans cesse de puissantes combinaisons, enfin je tenais la formule chimique de la volonté. A la dernière seconde l'électrolyse ne s'accomplissait pas, il ne restait au fond de moi qu'un précipité d'imagination. Je prenais mon élan, je sautais et en l'air je m'accrochais à un plan intellectuel, je ne retombais jamais sur la terre ferme. Ces résolutions prises chaque