CHAPITRE II
Pendant tout le XIX'"^ siècle la France avait eu la fièvre: elle mâchait sa honte. Les trois Glorieuses, 1840, 1848, les espoirs flatteurs du IP Empire, la Commune, l'Afifaire Boulanger, Fachoda, sursauts de révolte contre le sort qui s'appesantissait. Le XIX'"^ siècle était obéré d'une rage tardive et vaine contre la prédominance de l'Angleterre. Tant d'affaire Pritchard pour aboutir à la disparition de la flotte française de la Manche. Elle s'en allait garder l'Egypte en attendant que nos vœux dussent accompagner l'Armada britannique seule capable de défendre nos côtes. Cependant ayant perdu les nouveaux mondes nous poursuivons une abstraite consolation parmi les vieilles terres d'Afrique ou d'Asie.
Mais pendant ce temps une autre catastrophe se préparait. Sedan doublait, centuplait Gibraltar. Après la mer et les latitudes lointaines (hier encore nous avons lâché l'Egypte, la bouche du Niger, le cœur de l'Afrique, la moitié du Siam, des parcelles de l'Océanie) voici que nous perdions de notre terre même l'arpent conquis depuis un siècle, ces marches disputées pendant deux mille ans, dont l'acquisition avait signifié un culminement de
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notre histoire. Nous fléchissions sous le nombre, la patience, un orgueil plus efficace, plus zélé à se justifier que le nôtre. Sedan me paraissait plus décisif que léna, tant j'inclinais à tourner tout au pire. C'est que pour la première fois la Germanie seule mais toute entière rassemblée battait la France qui n'avait encore cédé sur terre qu'à l'Europe.
En un siècle nous perdions l'avantage du nombre, des armes, de l'esprit. Nous retombions dans les périls de la Gaule du Bas- Empire. Comme au début de ces troubles infinis d'un Haut- Age, la France n'était plus qu'un coin reculé de l'Occident, tandis que la Germanie accaparait à nouveau la dignité d'Empire. Le Rhin coulait du sud au nord.
Tout me disait notre petitesse, notre médiocrité entre les grandeurs nouvelles: Empire Britannique, Empire allemand, Empire russe, les Etats-Unis qui avaient l'aigle dans leurs armes. Ces empires étaient tant de fois plus vastes et plus peuplés que notre cité. Nous étions étroits comme la Grèce en face de l'immensité asiatique.
Nos hommes étaient petits, chétifs, laids, et cédaient à l'influence de leurs femmes plus