PÈLERINAGE D 'ANGLETERRE
J*étais grand, blond. Les yeux bleus, la peau blanche. J'étais de la race nordique, maîtresse du monde. J'étais droit, dur, avec des ruses directes. Naïf, plein d'un égoïsme généreux. Une secrète mystique, au fond du goût de la puissance. J'avais envie d'émigrer en Amérique ou en Australie pour rejoindre ceux des nôtres qui connaissent notre plus haute prospérité. Je n'ai jamais songé du reste à aller en Scandinavie où notre race trop pure s'anéantit dans la perfection.
Cette sorte de mythologie, vers 1910, me leurrait. Nietzsche, Gobineau : Bibliothèque des Romans d'Aventures.
Plus tard j'ai manqué donner dans l'autre godant: la Méditerranée.
Enfin je suis Français du nord de la Loire,
J'ai été bien autre chose.
i68 ÉTAT-CIVIL
Je m'habillais selon la coupe sèche des tailleurs anglais. Bannies les couleurs franches, crues, comme celles du Midi, mais plutôt les nuances atténuées par le brouillard occidental.
Je rêvais d'être simple, net. Mes cheveux étaient renversés, tirés en arrière.
Je fumais leurs cigarettes à la confiture ou à l'opium.
Je me lavais beaucoup. J'avais honte de nos audaces au lit.
Je reniais notre bavardage et notre gesticulation. Cela me devenait insupportable de circuler parmi mes compatriotes si modestement proportionnés, si mesquinement habillés. Nos femmes étaient en trompe-l'œil.
Je répétais les mots sacramentels et mal compris qui nous sont restés des temps héroïques de l'initiation: par exemple sport. Dans leur langue cela veut dire plaisir. Leur plaisir naît du mouvement spontané qui se prolonge facilement, joyeusement en effort. Leur plaisir c'est l'effort.
Mais pour nous ce mot n'a pu signifier que ce qui de la chose nous paraissait nouveau. Le sport pour les Français c'est donc un système ingénieux et savant de gestes par quoi ils bo-